De moi à vous

A celui ou celle ….

Le matin quand je me réveille, c’est à dire assez tôt, j’ai pour habitude d’aller voir qui a lu mon blog dans la nuit, surtout en ce moment où je publie peu, occupée à écrire ailleurs, et donc peu nombreux sont les lecteurs qui passent dans la nuit lire mes écrits. Je peux aussi lire, merveilleux monde de Word Press, qui a lu quoi.

Et ce matin, j’ai vu que quelqu’un ( le merveilleux du site s’arrête là, je ne peux savoir qui au juste ) avait lu mon texte  » Une femme libre  » publié en Novembre 2018. J’ai été émue de ça.

Qui a eu besoin, envie, cette nuit d’aller chercher ce texte de moi, qui me correspond tant aujourd’hui, dans ces années que je vis ?

Une femme ? Elle aura senti monter en elle cette immense sensation de liberté et s’est alors souvenue de ce texte lu il y a quelques mois, elle sera allée chercher des mots pour dire ce qu’elle ressent, puiser dans les miens, de mots, ceux qui lui font écho. Elle aura peut être cherché une aide, une cohérence à une impression diffuse et sourit de se retrouver là, de nouveau, dans ce texte.

Un homme ? Qui me connait donc un peu, qui cherche à comprendre quelle femme je suis. Un homme dans une forme de déroute, dans une chambre d’hôtel peut être, seul ou pas, dans le secret de la lecture ou non…

J’ai été touchée de cette lecture de mi-nuit, de ce silence autour de la lecture entre cette personne et mon texte, celui qui est au plus près de moi.

Je le reposte donc, il vous est dédié, vous qui, cette nuit avez vêcu une insomnie en ma compagnie pendant que je dormais, ignorante, comme un nouveau-né.

Il m’aura fallu tout ce temps pour arriver là avec la soixantaine qui se profile à l’horizon et me dire que je suis une femme libre . Et là, je me regarde dans le miroir de ma vie et  je vois quoi ? Je vois que j’ai fabriqué des enfants magnifiques et nous les avons amenés avec leurs pères à l’autonomie, je leur ai donné tout mon amour et ils me le rendent chaque jour, j’ai eu des maris extraordinaires Le premier est décédé mais même après notre séparation nous avions gardé une belle relation, le deuxième est resté un ami fidèle, un homme sur lequel je peux compter. Je fais un métier qui me passionne encore, j’ai des activités d’écriture qui sont autant de portes vers l’expression, des amies qui sont passées, certaines qui sont restées, d’autres qui arrivent

Je regarde la vie avec un regard apaisé. Je n’ai plus de peurs, d’angoisses. J’ai traversé la maladie, la souffrance, je la traverse encore avec courage et détermination.

Je me vois dans un miroir le matin, au saut du lit et je me dis que même toute ébouriffée, j’ai encore toute une fraicheur en moi.

Je vais vers les autres avec bienveillance et le regard clair.

Je sais qui je suis, j’ai accepté une fois pour toutes mes failles et mes faiblesses.

Je sais dire  » non  » quand il le faut et je sais poser mes limites

La solitude, je l’ai apprivoisée. J’ai appris la dérision et l’auto-dérision, je me suis construite dans tout ce que la vie a mis sur mon chemin et je continue de le faire. J’ai les mêmes désirs que quand j’étais une jeune fille mais avec une force décuplée et une détermination. J’ai des objectifs de vie, je sais voir ce qui est beau, m’arrêter pour respirer un grand coup, je sais prendre ma voiture juste pour aller m’empiffrer d’huitres dans un restaurant désert de bord de mer. Je ne triche ni avec moi, ni avec les autres. Je me suis entourée de gens que j’aime et qui me font du bien et je leur rends au centuple. Je me fiche de ce que les autres pensent de moi, je m’exprime sans peur. Je ne suis plus dans la culpabilité, le ressassement, le remords tout ce qui renvoie à de mauvaises pensées. Je n’attends rien des autres et ne suis jamais déçue de fait car je sais prendre ce qu’on me donne et donner sans rien attendre en retour. Je sais, à présent, vivre l’instant, j’ai des plaisirs simples et d’autres plus complexes mais je les vois et les goûte. J’ai des rêves plein la tête. J’ai appris à distinguer l’essentiel de l’accessoire, le superflu du nécessaire, à hiérarchiser les priorités. Je ne me fais plus un monde de tout et rien. Je fais confiance au temps qui dénoue bien des choses. Je ne m’obstine plus dans ce qui n’est pas bon pour moi. Je suis devenue plus résiliente.
Je sais que l’histoire de ma vie n’existe pas, que ma vie c’est tout un tas d’histoires mises bout à bout : celles de l’enfant unique qui pleure un petit frère trop vite disparu, des premières amours, de l’adolescence plongée dans les lectures, des mariages, de la naissance des enfants, des études adorées, des examens passés avec un immense plaisir, de voyages merveilleux qui ont laissé leurs traces dans les albums photos et en moi, des divorces, des vacances en solitaire, des deuils surmontés, des chagrins qui durent et qui un jour finissent, comme dans la chanson de Barbara par  » et puis un jour ça arrive : la joie de vivre  » . Les histoires d’amour, toutes uniques auxquelles j’ai cru très fort et à juste titre, et puis celles auxquelles j’ai cru très fort et qui n’ont pas vêcu.
Je sais aussi que les périodes de loose peuvent être suivies de moments merveilleux, que la vie toujours prend le dessus. Je sais que je déteste par dessus tout le mensonge et les faux semblants, la mauvaise foi, que j’aime par dessus tout le partage dans le plus juste de soi.
Je sais encore me mettre en colère mais je ris d’elles, elles ne durent plus longtemps et je n’ai jamais su bouder. Je sais que les mots sauvent de tout, que toujours la communication est préférable aux non-dits. La médisance, la jalousie me sont étrangères.
Dans cette vie boueuse parfois, comme le Mékong, je suis comme Duras ( en toute modestie) pour toujours sur un bac qui le traverse et devant il y a les volets bleus et aux pieds j’ai des souliers dorés.

Dominique Mallié

8 commentaires

  • Aurélia Wlk

    Comment te dire …. On te lit comme une bouffée d oxygène …. A minuit … Amie nuit … Comme pour sortir des sentiers battus … J ai adoré ton  » fais tes bagages  » , pour un peu j aurais fais ma valise …. Que ta nuit soit douce et merci d écrire 😉💋

  • Elisabeth

    Bonjour Dominique. Tes mots sont si justes… Il n’y a rien à ajouter. Ils font écho à certains paysages au détour de mon propre chemin. Et la route réserve encore d’autres surprises (que j’espère belles). Bon week-end ! Bises *

  • Graveleine cathy

    Bonjour Dominique, magnifique texte… je suis sur ce chemin… au tout début…. doux week end à vous.

    • Dominique

      Merci Cathy, nous avons tant de choses à vivre encore et encore et sommes si riches de nos histoires ! Bon dimanche à vous aussi !

    • Dominique

      Nathalie, ça me fait plaisir d’avoir un petit mot de toi. Il s’est passé tant de choses depuis que nous nous sommes vues. Je vais vite regarder  » 50 ans dans le vent  » ! des bises et un beau dimanche !

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