De moi à vous

A ma (toute)petite maman …

Voilà avec ces fêtes, on va renouer le temps d’un repas ou plus avec La famille, au complet ou pas, et si on a la chance d’avoir nos parents, on va vivre une fois encore ce mélange des générations : nos parents, nos enfants, les enfants de nos enfants ….

Ma mère…

Dans cette joyeuse agitation festive elle sera toujours souriante, bienveillante, plus petite que jamais, toute ridée avec sa mise en pli de la veille, belle et gracieuse, si précieuse… Quel que soit notre âge on reste la fille de ses parents, dans cette attention, cette histoire de vie qui est nôtre.


Elle est née à une époque où, en province, quand les filles allaient au bal, elles se dessinaient un trait derrière la jambe pour laisser croire qu’elles portaient des bas ; elles avaient vu ça sur les magazines qui trainaient dans les familles où elles avaient été employées. Elle est née à une époque où les choses faisaient sens, on se mariait parce qu’on voulait se lier à vie à un homme, faire des enfants, lui préparer la popote, coudre, rapiécer, faire les lessives… tout cet univers de la maison, pour ces jeunes filles modestes, c’était le rêve, elles s’étaient préparées à cela en faisant l’Ecole Ménagère, elles allaient devenir de bonnes épouses et de parfaites femmes d’intérieur. Elles découvraient peu à peu les appareils ménagers qui allaient grandement leur faciliter la vie. Avant le féminisme, qui n’a pas été une avancée dans tous les domaines car il a trop brouillé les cartes entre hommes et femmes, elles se fabriquaient dans l’ombre d’un mari, une vie douce dont l’éducation des enfants étaient le centre. A elles, l’affectif, au père l’autorité. Les rôles étaient distribués et chacun s’y conformait. Celles qui voulaient travailler, on les trouvait masculines.

LES BOOMEUSES- ma petite MAMAN

Elles cousaient leurs robes elles-mêmes, se faisaient des mises-en-plis ou des permanentes et papotaient chez le coiffeur sous les casques chauffants. Elles y lisaient « NOUS DEUX » et « PARIS MATCH », et vivaient par procuration la vie des stars. L’après-midi,  elles allaient boire le thé chez l’une ou l’autre, avec les petits accrochés à leurs jupes serrées, qu’elles mouchaient d’une main avec des carrés de tissus qu’elles glissaient ensuite dans leurs manches.
Elles portaient des cardigans et des robes en tweed au-dessous des genoux et toujours des talons, toujours. Elles étaient élégantes et modestes, élégantes parce que modestes. C’était une sorte de bonheur au jour le jour et tout entier dans la consécration au foyer.
Je suis riche de son histoire de vie aujourd’hui, de son regard sur moi. Maintenant elle marche moins vite, toujours soucieuse que rien ne manque. Je la regarde et je vois mes années d’enfance, son inquiétude presque animale de savoir où j’étais, ses certitudes que je ferai mon chemin, ses encouragements à persévérer quand je formulais des doutes.
Voilà c’est ça aussi, ces fêtes de fin d’année, aussi et surtout, ce bel amour qui ne s’économise pas, qui se dit autrement que par les mots car on dit peu, chez mes parents, l’amour, mais on le montre dans toutes ces petites attentions si touchantes.

Et comme d’habitude, je me dirai en partant qu’il me faut les voir plus souvent, tous les deux, qu’ils m’attendent et que chaque fois, ma présence est une fête qui résonne longtemps après que nous nous soyons quittés…

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