De moi à vous

Avons-nous le goût du malheur ?

Depuis que j’écoute régulièrement les infos, lis la presse, je réalise à quel point les infos sont toujours terribles : Entre la Covid, les accidents d’avion, les attentats terroristes, les atteintes à la démocratie, les dangers climatiques, les menaces d’où qu’elles viennent…TOUT ENGENDRE LA PEUR.


Parce que j’ai un peu réfléchi à la question de savoir pourquoi je continue néanmoins à lire, écouter ces infos à défaut de regarder, n’ayant pas de télé, il m’est venu l’idée de ce billet.


Les spécialistes des médias américains ont inventé un terme pour décrire ce phénomène: «fear porn» (littéralement la pornographie de la peur).
Un exhibitionnisme de bon ton en quelque sorte.


La plupart des gens sont fascinés par les menaces et les dangers, ils se sentent ainsi informés et plus vivants. Y aurait-il chez nous une sorte d’instinct de survie qui nous dicte d’être toujours aux aguets des menaces qui planent ? Et étant aux aguets, y verrait-on un moyen de palier, d’anticiper, de se préparer aux catastrophes ?
Or suivre l’actualité est mauvais pour notre santé. En effet la peur ainsi générée entraine avec elle une forme d’agressivité. Il n’y a qu’à lire les diverses interventions sur les réseaux sociaux pour en être convaincus : prises de bec, insultes, colères sont légion.


Mais est-ce que cela nous aide pour autant à prendre de meilleures décisions dans nos vies personnelles ? Est-ce qu’être sur-conscients et sur-informés change la donne, modifie les informations ? Ne sommes-nous pas victimes au final de nos angoisses, nos peurs ?


Le biais de négativité est un phénomène reconnu qui fait que les individus sont davantage marqués par les expériences négatives que par les positives, qu’ils prennent davantage en compte les informations négatives que les positives, qu’ils en tirent plus d’enseignements et qu’ils les utilisent plus souvent.


Aurions-nous alors naturellement un appétit pour le malheur ?

Nous avons ainsi tendance à oublier les bons souvenirs ou toutes les fois où les choses se sont bien déroulées et donc à ne pas les prendre en compte dans notre raisonnement.


Pour faire court, on s’habitue au bonheur, au sentiment positif, on s’y habitue tant que le sentiment même de bonheur diminue dans cette habitude.
Ainsi pour revenir aux informations, un avion se crash et cela fait la UNE des infos, cela nous terrorise alors même que nous devrions prendre en compte que la grande majorité des avions arrivent sans dégât.


De la même manière que nous nous arrêtons surtout sur les mauvaises nouvelles, nous retenons plus facilement les échecs que les succès, les défauts que les qualités d’une personne, les critiques que les compliments, les catastrophes que les carnets roses.

Ce pouvoir du négatif, ce biais de négativité, il nous faut en prendre conscience pour le compenser puisqu’il est omniprésent ET réfléchir notre avenir non pas en terme uniquement de pire mais en terme d’une infinie variété de possibles.


André Conte Sponville dans  » Contre la peur et cent autres propos« , écrit  » Les optimistes ont du mérite, les pessimistes bien des excuses « 


Il s’agit donc d’un réel effort que de s’extirper de cette tendance à la sinistrose, effort qui ne peut que nous apporter une vie meilleure sans pour autant nous installer dans un univers de Bisounours.


Les pessimistes ne sont en rien plus lucides que les optimistes, ils se laissent aller à une tendance humaine naturelle.


En avoir conscience est déjà un grand pas de fait.

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