De moi à vous

Ce goût qu’on a pour les Comédies romantiques … c’est honteux ?

À Noël, alors que je regardais avec délectation quelques rom-com (comédies romantiques) confortablement enroulée dans mon plaid, je me suis interrogée. Pourquoi revendique-t-on de regarder des comédies romantiques alors qu’on a (parfois) honte de lire des livres catalogués feel-good ?

En hiver, et surtout aux alentours des fêtes de fin d’année, impossible de louper ces films qui déboulent en escadrons serrés et prennent d’assaut nos télévisions. J’ai moi-même dégusté avec délice des films déjà vus plusieurs dizaines de fois comme Coup de foudre à Notting Hill ou Out of Africa. J’ai aussi regardé quelques nanars de la fille qui détestait Noël, à celle qui tombait amoureuse du bucheron-milliardaire-qui-voulait-vivre-seul-au-fond-des-bois-sans-technologie-suite-au-décès-de-sa-femme et dont l’héroïne, une new yorkaise juchée sur des stilettos, trainant une valise trop lourde dans la neige, allait le guérir Le plus souvent cousus de fil blanc, ces films accumulent les passages obligés, ‘les clichés’, qui nous font passer du premier regard au happy ending en une heure et quarante-cinq minutes environ. Ainsi, alors qu’on connait déjà la fin, on espère quand même que ces deux personnes qui n’ont rien à faire ensemble et se détestent, finissent par s’embrasser avant la fin du film.

N’est-ce pas déjà un exploit en soi que de réussir, à chaque fois, à partir de deux personnages que tout sépare et d’un certain nombre de clichés, à les faire s’aimer?

N’est-ce pas déjà un exploit en soi que de réussir, à chaque fois, alors qu’on connait la fin à nous faire regarder le film ?

La rom com est un genre ultra codifié, et c’est, je crois, cette prévisibilité qui fait qu’on ne s’en lasse pas. La rom-com raconte une alchimie qui va faire se transformer la détestation en amour et dans les rom-com, tout est possible, même nous surprendre alors qu’il n’y a rien de surprenant.

Et le feel-good me demanderez-vous ?

Depuis quelques années, ce genre littéraire n’est pas en reste. De nombreux livres sortent dans cette veine et nous assistons à une déferlante en couverture rouge et verte entre le 20 novembre et le 20 décembre. Le feel-good emprunte les codes de la rom-com mais, là où le cinéma est souvent pétri de clichés pas forcément féministes, il casse les codes. On n’en est plus au temps où on lisait les histoires la secrétaire médicale qui tombe amoureuse du médecin ou de la groupie qui a un crush pour son idole et que l’on appelait “histoire à l’eau de rose”. Non, le feel-good nous raconte des histoires qui pourraient nous arriver. Attention, l’histoire elle-même n’est pas forcément heureuse du début à la fin. Au contraire même, le personnage principal est souvent assailli de problèmes tout au long de l’histoire, mais au fil des pages, il chemine, évolue, trouve des solutions (et le lecteur avec lui), puis vient le happy end qui redonne le sourire à tout le monde, personnage et lecteur.

Ce qui change avec le feel-good, ce sont les leçons de développement personnel qui ponctuent l’histoire : lire des feel-good nous apprend des choses. À abandonner ses préjugés, ses habitudes de pensée, à sacrifier une part de soi pour cheminer vers l’autre, à accepter les différences, à se remettre en question, à grandir et apprendre alors qu’on pensait tout savoir, et surtout à rencontrer l’autre dans la vraie vie.

Le feel-good tenu à l’écart de l’intelligentsia littéraire française.

Il n’aura échappé à personne que ce genre littéraire est peu présent dans les émissions culturelles télévisées ou radiophoniques. Il parait que, justement, ce n’est pas de littérature, que ce sont des textes de commande, vite écrits. Et le style ? C’est une des critiques majeures que doit essuyer cette littérature populaire que certains trouvent inintéressante, sans style ni travail littéraire sur le texte, dans un style (trop) facile à lire, fluide et direct. Une lecture facile et sans effort qui ne correspondrait pas au “style français”.

Pourquoi est-ce que lire des textes qui nous font du bien est mal vu ?

Est-ce parce qu’on est catalogué rêveuse et naïve ? Mais alors, est-ce que tous les lecteurs de thrillers sont des serial killers en puissance ? La promesse de refermer les feel-good en se sentant mieux, un sourire au coin des lèvres, même si on a pleuré tout le long de sa lecture et avec l’impression de s’être offert une parenthèse bienfaisante dans notre quotidien, n’est-elle pas formidable ?

Le feel-good a-t-il un sexe ?

Je l’ignore, mais c’est une évidence, rares sont les auteurs hommes à se vanter d’en écrire, à moins qu’ils s’affublent d’un pseudo épicène. Il parait que les hommes écrivent du “roman contemporain”. Je me souviens ado avoir lu E=MC2 mon amour de Patrick Cauvin. À l’époque il n’était pas question de feel-good, le terme n’avait pas encore été inventé et pourtant, qu’est-ce qu’on se sentait bien, quand on refermait ses livres.

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