De moi à vous

Cultiver son jardin, ut operaretur eum

Voltaire fait dire à Candide à la fin du livre éponyme  » Il faut cultiver son jardin « . « Ut operaretur eum« , pour y travailler.

Je me suis plongée pendant mon séjour en Bretagne près de mes enfants dans  » Les pensées  » de Marc Aurèle, stoïcien de l’antiquité, philosophe et empereur. Un empereur beaucoup plus philosophe que politicien. Forte de cette lecture, je me suis souvenue alors que, des siècles plus tard, Voltaire place ses personnages dans cette situation où ayant vécu des aventures diverses qui leur ont peu à peu montré un chemin, celui d’une forme de vérité loin des tapages, soubresauts et aventures malheureuses, ils se retrouvent dans une métairie dans laquelle chacun va apporter ce qu’il sait : son travail et conjointement ce qu’il est profondément.

Chacun vivant là au sein d’une communauté dans laquelle ils retrouvent sa place. Le stoïcisme est tout entier, à mon sens, résumé dans cet épanouissement de soi au contact de cette micro société qu’ils forment.

Car le stoïcisme de Marc Aurèle ne peut se comprendre que dans le rapport aux autres. Nous sommes loin là des encouragements au développement personnel, au fait de trouver EN SOI un équilibre de vie. Si Marc Aurèle ne peut concevoir l’équilibre, l’harmonie de soi à soi qu’au sein de la communauté, à son service, c’est à une philosophie identique que nous renvoie Voltaire au 18ème.

Qu’avons-nous à « prendre » de ces Pensées ? A en apprendre ?

Nous vivons tous dans une imbrication de sociétés, celle de la famille ( sorte de micro société), celle de la communauté à laquelle nous appartenons, celle du pays qui est le nôtre, de sa culture, des interactions entre les individus.

Le stoïcisme consiste donc à se penser en individu au sein d’un groupe. Ce groupe constitué de gens qui pourraient nous vouloir du mal mais qu’il convient d’accueillir de la meilleure façon qui soit en se forgeant une « carapace » qui nous permettra de nous protéger en pleine conscience et d’évoluer au mieux dans des univers qui ne nous sont pas toujours humainement favorables. Qu’importe au fond, soyons assez perspicaces pour voir en chacun ce qu’il en est et conjuguer notre présence entière et empathique avec les travers des uns et des autres.

Tout ne glisse pas sur nous, c’est là le contraire du stoïcisme, tout doit être accueilli et respecté en ayant la bonne distance à partir de nos propres personnalités. Il faut pour cela bien se connaitre, s’aimer assez pour ne pas se laisser atteindre et aimer assez les autres pour ne pas nous laisser atteindre trop intensément par eux.

C’est un travail  » Ut operaretur eum » . Ce que je peux apporter à chacun sans perdre de mon intégrité, du fil directeur de mon existence et ce que chacun peut m’apporter. Et c’est là le fondement à mon sens du sens même de nos existences au sein de nos sociétés.

La philosophie nous donne un chemin, chacun à sa façon va se l’approprier pour vivre au mieux. Cette aide précieuse est à la portée de tous, c’est en elle qu’il nous faut puiser notre force d’avancer dans le détachement et la présence, dans cet équilibre si difficile à trouver.

C’est possible. Pour vous comme pour tout un chacun.

Un chemin de la liberté de soi au sein du groupe.

Un beau programme de vie.

Le mien

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