Nouvelles

Désirs croisés ( Chapitre 3)

L’avventura

Cela fait longtemps qu’elle est partie, qu’elle a quitté sa place, la passagère à la robe rouge, longtemps, trop longtemps. Une passante comme dans la chanson. Une femme dont l’histoire restera étrangère, qui laisse derrière elle le sillage de la nostalgie de la peau dont on n’aura pas connu le goût.

Un mot, lui écrire un mot qu’elle trouvera peut être dans ce livre qu’elle a abandonné sur la tablette.

Il le fait, pour l’espoir fou,

pour le temps qui passe et avale tout

pour la promesse d’un avenir à écrire,

Il écrit dans cette urgence qu’il s’est construite, quelques mots comme on lance une bouteille à la mer.

Anna est restée tout le voyage dans ce wagon restaurant. Elle est revenue prendre ses affaires : son sac sous le siège, le livre, a souri à cet homme et s’est mêlée aux passagers de l’allée.

Il la suit des yeux, la perd.

Paris est gris comme à son habitude.
L’hôtel de la Manufacture, c’est là qu’elle trouve refuge un peu plus tard, là qu’elle a réservé. Sobre et chic, comme elle aime ; elle range ses deux robes, se dit qu’elle fera les boutiques plus tard peut être, demain ou un autre jour, elle pose le livre sur la table de chevet. Alors elle voit ce mot, le lit. Elle hésite un peu, quelques secondes puis elle appelle :

-« J’étais dans le train, tout à l’heure, vous m’avez laissé ce mot, je crois, enfin, je ne sais pas, il y a ce mot qui me dit d’appeler alors voilà… »

Et le silence après. Une éternité.

Elle tremble un peu. L’homme, de l’autre côté lui donne une adresse, c’est dans le Marais, oui, elle connait, dans une heure, d’accord. Il a la voix douce et grave. Il raccroche.

L’impression que tout peut arriver.

Elle se regarde dans le miroir, met du rouge sur ses lèvres, se pince les joues, ça ira. Au bout du téléphone, il y avait cette voix, elle fredonne, c’est bête le bonheur, c’est bête mais c’est gai, fou aussi, soudain.

Il est long le trajet en métro, trois stations, un changement, quatre stations de nouveau, enfin l’air libre.

Après il y a les présentations : Anna, Antoine et la décision ( qui a donné l’idée en premier ? ) d’aller jusqu’à la place des Vosges.

Ils marchent dans les rues, jouent à conjuguer leurs pas, se regardent en douce, rient, parlent beaucoup ( trop ) puis plus et c’est difficile le silence, ils pensent. Ils paraissent heureux.

Il la regarde et dans son regard, elle est nue déjà.

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