De moi à vous

Est-ce qu’habiter Avignon fait de nous des gueux ?

Je ne fais pas de politique, ça m’ennuie profondément, ces débats creux, ces petits intérêts personnels, ces discussions de quartiers de bas étage, ces étalages de vies sexuelles ou autres, ces insinuations, ces commérages… mais quand même.


Cela fait une douzaine d’années que j’habite Avignon. Je peux donc parler de cette ville avec un regard un tant soit peu spectateur.


Avignon cité médiévale, ville papale qui peut se targuer, certes il y a des temps fort reculés d’avoir été l’annexe de Rome, ville où le théâtre est roi, ville d’Histoire etc….

Tout le vocable des brochures touristiques.


Dans la réalité depuis douze ans, j’ai vu Avignon mourir.


Mourir culturellement en dehors du festival dont l’unique intérêt pour les habitants semble être la manne lucrative qu’il représente.

Qui a un garage et en fait de bric et de broc un théâtre à la programmation hasardeuse (je ne parle pas de la sécurité tant l’absence de contrôles relève de la plus totale aberration), qui ouvre une boutique éphémère racoleuse, qui loue son garage, son vélo, son appartement, sa maison.
En période creuse, c’est à dire les onze mois restants, rien de folichon même à coup d’Hivernales, de festival de Jazz, de festival de la littérature, bref de tous les festivals imaginables qui peinent à rameuter du monde tant les programmations sont insipides, à quelques exceptions près.
Un office du tourisme qui ne distribue pas les brochures dans les lieux publics, des  » évènements  » qu’il faut donc aller chercher goutte à goutte, faute d’une feuille de chou qui centraliserait tout ce qui se fait.


Mourir architecturalement. On ne compte plus le nombre de bâtiments qui signalent ici un palais, là un cloitre, là une livrée cardinalice, là des édifices historiques en cours de réhabilitation (discrète) , achetés à grand fracas par la ville ( les Bains Pommeur, la prison Sainte Anne, l’Hotel des Monnaies) et ceux carrément laissés à l’abandon dont on évite soigneusement de raser les murs pour ne pas mourir de cette mort, dans un effet collatéral qui serait de fort mauvais goût..
Et justement à propos des bains Pommer qui témoignent des pratiques d’hygiène de la fin du XIXe siècle et du début XXe dans un décor art déco typique, il faut croire que ces pratiques d’hygiène ont cessé de perdurer au début du XXème siècle, vu l’état de saleté de la ville.
La rue d’Amphoux et la place Pie en sont un joli témoignage, containers certes installés mais très très rarement nettoyés dont on répugne à tenir les poignées tant elles sont crades. Rats qui chaque soir organisent des marathons sous les fenêtres quand, repus, ils ne s’endorment dans les caniveaux.


Mourir de l’insécurité qui y règne : trafiquants de stups de tous ordres, j’ai d’ailleurs ainsi appris le tarif de tout ce qui peut se consommer en la matière : une plaque de contre- plaqué faisant office de devanture a séjourné un temps dans ma rue et en effet, on peut y voir une forme de conformité avec la loi exigeant que tous les prix soient mentionnés dans les vitrines des commerçants.


Mourir d’épuisement intellectuel à priori, à quoi bon élever le débat ? Les Avignonais un peu nantis et cultivés ( ce qui d’ailleurs ne va pas forcément de pair ) auront traversé le Rhône pour aller s’installer dans la pimpante Villeneuve.


Mourir économiquement : on ne compte plus les commerces qui ferment. Ceux qui ouvrent essentiellement liés à des sandwicheries, malbouffe et même une épicerie Bretonne dont on se demande ce qu’elle vient faire dans ce  » paradis  » provençal.
Quand j’habitais rue Vernet, j’avais pour habitude de dire à mes enfants quand nous sortions : Balzac ou Victor Hugo ? ( A gauche la rue Vernet et sa bourgeoisie provinciale, à droite la rue de la République et sa cour des Miracles ).


Avignon qui fait partie des villes les plus pauvres de France. Il n’y a pas de quoi en tirer gloriole. Quand on regarde ce qui se passe à Aix, Nîmes ou Arles, on peut s’interroger sur ce laisser-aller. Un niveau d’études qui pour plus de 50% de la population ne dépasse pas le bac. On me dira, ce ne sont pas les études qui forment les esprits et pourtant…
Alors oui, nous avons de belles places et quelques lieux branchés qui relèvent le standing, mais plus d’arbres. Bon j’ai lu que le candidat écolo envisageait de planter un certain nombre d’arbres ( il donne le chiffre précisément ) … mais où ? Dans le béton des places ? Entre les nombreux éléments de mobilier urbain squattés par les S.D.F ?
Espérons que ces listes des municipales, étonnamment nombreuses, aux programmes hâtifs et hasardeux, qui tiennent davantage de querelles de clochers feront émerger un maire ( homme ou femme) qui aura le goût de donner à la ville un vrai essor.
J’en doute.

On peut trouver du charme à la décrépitude, une forme de désuétude peut être. Ce n’est pas le cas.

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