De moi à vous

Et si on parlait d’art contemporain.

Alors qu’une future exposition à l’Hôtel de Caumont sera consacrée à Yves Klein, que s’annonce la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, j’ai ce désir de parler d’art contemporain, de m’essayer à une définition de ce qui est tant décrié.

Comment définir l’art contemporain, si tant est qu’il y ait une définition ?

Une erreur serait de considérer l’art contemporain comme une période de l’histoire de l’art ou même comme une catégorie générique, c’est à dire une autre définition de la pratique artistique. Comme on admettait, dans la peinture classique, la coexistence de différents genres : Peintures d’Histoire, portraits, paysages…, ainsi en irait-il de l’art contemporain qu’il nous appartiendrait de considérer comme un genre parmi d’autres.

Cette proposition ne fait pas long feu, tant l’art contemporain, à distinguer de l’art Nouveau, répond à un paradigme artistique tout autre qui ne s’inscrit dans aucune chronologie, ne fait donc suite à rien, ne s ‘oppose à rien, n’obéit en rien à une démarche collective.  

On peut se mettre d’accord pourtant sur QUELQUES propositions dans cet essai de définition :

A aucun moment, on ne trouve dans l’art contemporain, l’expression de l’intériorité de l’artiste, une forme de sensibilité, une émotion personnelle traduite dans la performance, l’installation etc.

Aucune psychologie, aucun contenu personnel.

Dans ce sens, les Ready-made de Duchamp sont emblématiques de l’art contemporain.

L’urinoir de Duchamp

Par ailleurs, l’art contemporain est indissociable d’un discours ce qui lui donne la réputation de n’être apprécié que des intellos, l’apanage de quelques collectionneurs et de critiques qui font et défont un marché qui laisse le visiteur « moyen » perplexe.

Car une autre proposition dans cet essai de définition est que l’art contemporain joue avec toutes les limites : juridiques, éthiques, esthétiques, perceptibles, authentiques (Saut dans le vide de Yves Klein) ou Le faux mariage de Sophie Calle, culturelles (le bon goût), ontologiques (les critères de l’art). Repousser les limites jusqu’à faire en sorte qu’elles n’existent plus, les limites admises, en créer d’autres (faire entrer un autobus dans un musée par exemple) …

Le saut dans le vide de Yves Klein
Le faux mariage de Sophie Calle

Cette culture des distances est réellement le propre de l’art contemporain et le rend indissociable du  » Second Degré» une distance ironique commune à tous les artistes.

Ironie, provocation, distances, absence d’intériorité des artistes dans leur travail : voilà déjà de quoi avancer dans cette définition de l’art contemporain.

Les Monochromes de Yves Klein, au même titre que l’urinoir de Duchamp, le dessin effacé de Rauschenberg ou l’écran de papier traversé de Murakami sont donc emblématiques de l’art contemporain et servent d’exemplarité, chacun à leur manière, pour qui cherche à comprendre cet art.

L’écran de papier traversé de Murakami

Chacun à leur manière mais aussi avec une particularité commune : la question identitaire de l’artiste, autrement dit la « pâte » qu’il met dans son travail, ici complètement absente.

Les Anthropométries d’Yves Klein où il demandait à des mannequins nues enduites de peinture fraiche de s’allonger sur des toiles posées au sol, qui porteraient ainsi l’empreinte de leur corps exemplarisent cette absence d’identité de l’artiste, en dehors de l’idée première, dans son oeuvre.

Les Anthropométries de Yves Klein

Les Monochromes, toujours d’Yves Klein, surprennent, étonnent d’autant plus que l’artiste s’amuse parfois à brouiller lui-même les pistes et les conventions du marché de l’art lorsqu’il peint, lors d’une exposition à Milan en 1957, une série de formats tous identiques, tous du même bleu et pourtant tous à des prix différents.

On rejoint là ce que j’évoquais précédemment à savoir cette volonté des artistes contemporains de bousculer les limites, les distances et jouer avec les règles du marché.

Mais c’est là un autre débat que le rôle du marché de l’art aujourd’hui, des critiques, de tout ce petit monde qui fait la pluie et le beau temps dans le domaine.

L’art contemporain change donc la façon de faire de l’art, de le nommer, le voir, le penser, le présenter et in fine le vendre, mais il oblige aussi celui qui regarde à sortir de ce rôle de « regardant » auquel nous sommes tant habitués en matière d’exposition pour parfois traverser l’oeuvre, s’y intégrer, la sentir, la toucher …

Ce n’est donc pas une forme d’art particulière mais bien une tout autre définition de l’art qui nous est proposée-là et qui nous oblige à le considérer dans toute sa dimension en laissant de côté nos savoirs, nos habitudes construits jusqu’ici.

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