De moi à vous

Faire des listes…

La liste est l’écrit commun à toutes les sociétés, civilisations, époques. En cela elle montre sa vitalité que nul ne saurait contester. On aime faire des listes pour se souvenir, pour sortir de sa mémoire, pour se réconforter, se rasséréner, sourire aussi parfois. Il en va évidemment du sujet, des sujets.

Dans cette période particulière qui est mienne où je dois à présent m’occuper de ma mère de façon attentive, le temps qu’elle relève la tête et poursuive son chemin avec moins de souffrance, il me vient cette liste de mon enfance et de mon adolescence. Tissu de souvenirs, de mots entendus, de mots dont on m’a rebattu les oreilles, de doux moments, de chaleurs, de plaisirs. Souvenirs qui sautent allégrement par dessus les années, se répètent d’une année à l’autre et c’est ce qui fait qu’ils sont restés si précis dans la mémoire.

Regardons les ces souvenirs avec le prisme de la Bienveillance car ils participent à faire de moi la femme que je suis devenue et je suis fière d’être cette femme qui a tant le goût de la vie et est si résiliente.

Le goût de la nature, le plaisir du vent et des cheveux dans les yeux que ma mère écartait de sa main  » tu ne vois rien, va attacher tes cheveux « , les choses simples de la vie, le goût du silence, le plaisir de la lecture, de s’enfoncer dans une lecture jusqu’à oublier le monde autour, une rigidité quant aux horaires des repas, l’odeur du café qui montait dans la cafetière italienne et le bruit avec, les sucres qu’on coupait en deux, le lait qui débordait, l’odeur du foin, de l’herbe mouillée, le plaisir des balades en voiture juste pour voir le paysage défiler, les habits du dimanche et ceux de la semaine, les repas du dimanche et les gâteaux du dessert alors, un fond de verre de chianti toujours le dimanche, l’odeur de lavande des eaux de toilette de mon père, les  » tiens toi droite  » de mon père qui me font encore me redresser de temps à autre, les fou-rires avec ma mère pour un oui ou un non, la nécessité des longues nuits et leur absence qui me fait stresser aujourd’hui que je suis devenue insomniaque, les copines du collège et du lycée à l’époque baba-cool, celles des tresses et des jeans brodés par soi, les pulls over over size de mon père que je mettais pour aller au lycée, les rares vacances au bord de la mer où jamais on n’allait au restaurant, on regardait les autres et on mangeait une glace comme dans la chanson et déjà c’était beaucoup, les baby foot et les cafés ingurgités entre les cours, les premières cigarettes dont mon père arrivait à percevoir l’odeur malgré le patchouli et les chewing gum et qui le mettaient en rage, les fruits mangés sur l’arbre : des cerises surtout, les légumes ramassés dans le jardin pour la soupe du soir et dont il fallait avant de les faire cuire, gratter la terre, les bises de parents quand je partais en colo puis en camps d’ado, autrement jamais d’embrassades, jamais de mots doux, c’était comme ça et on n’y pensait même pas, les cadeaux de Noël qui restaient bien secrets jusqu’au 25 au matin, des livres le plus souvent ou des robes, la jolie silhouette de ma mère dans les robes qu’elle se faisait elle-même, les gilets qu’elle me tricotait et que je mettais sans broncher, les chiens, les chats, les poules, les faisans, les escargots qui bavaient dans des caisses et faisaient de longs filets de merde verte, leur goût après avec l’ail, les mobylettes qui me faisaient envie quand je n’avais droit qu’au mini-vélo, puis après à la 2CV quand enfin j’ai eu le permis après tant de tentatives avortées et mon père qui me serinait que je n’y arriverai jamais, que j’avais trop d’imagination pour réussir le code, le premier amoureux embrassé et qui s’appelait Jacques Coeur ( nom prédestiné, existe-t-il encore celui que j’évoque à l’imparfait ?), les repas de familles avec les enfants à part et les blagues des grands auxquelles je ne comprenais rien et celles qui me faisaient tendre l’oreille parce qu’il y avait là des secrets, des bêtises qui n’étaient pas pour les enfants, la première fois où j’ai touché le sol, assise sur ma chaise et je me suis dit que ça y est j’étais grande, le premier verni à ongles (transparent) que mon père m’a fait enlever aussi sec, sans dissolvant et il a fallu gratter, gratter comme pour la terre des légumes… les baskets ringardes que ma mère m’achetait au super marché alors que je ne rêvais que de marques que portaient certaines des filles plus fortunées, les trois copines de la classe qui étaient parties toutes seules au Pérou pendant l’été et ça nous faisait baver, comme les escargots, mais d’envie, de jalousie, la Confirmation, la Communion solennelle et les messes où il fallait aller, le caté aussi le jeudi avec le curé qui reluquait nos seins, le samedi après-midi devant la télé parce qu’il y avait une suite ininterrompue de feuilletons ( comme on appelait  » les séries » avant), le badminton avec la voisine de mon âge les soirs d’été, pas de piscine, on suait, on riait, c’était sur la route devant chez mes parents car il y avait peu de voitures. Les voitures justement et la D.S de mon père dont il fallait attendre qu’elle monte quand il mettait le contact, les longs trajets pour aller chez ma grand-mère, allongée sur la banquette, sans ceinture bien sûr et avec des nausées non stop, les questions de ma grand-mère sur les garçons, les études, les recommandations  » travaille bien à l’école, il faut que tu sois indépendante « ….

Tout ça et tant d’autres choses qui ne rendent pas nostalgique, qui glissent en soi et sur soi : le manteau de l’enfance …

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