Un peu de moi

Grand-mère ??? Au secours !!!

        De l’image de la grand-mère dans la littérature jeunesse   

               

Depuis que je suis grand-mère d’une petite fille, je m’intéresse de nouveau et différemment à la littérature jeunesse, puisque j’ai un nouveau statut dans la famille.

Aussi suis-je allée voir quelle image cette littérature destinée aux tout-petits donne de leurs grands-parents, et plus précisément de leurs grand-mères.

Et là croyez-moi, c’est DÉSOLANT ! Car si on se gargarise du rôle bienfaiteur des grands-parents auprès des enfants, de la transmission, de la nécessité du lien et bien dans la littérature, c’est une autre rengaine !

La grand-mère est la victime de tout un tas de maux liés à sa déchéance physique :

Arthrose

Mémoire défaillante

Problème d’audition, d’élocution, de concentration

Pathologies diverses mais qui toutes ont en commun d’être bien VISIBLES 

Cent fois pire que « La nuit des morts-vivants » (Satanée grand-mère d’Anthony Horowitz), les descriptions de réunions de grand-mères tournent au pire cauchemar.

Mamythologie de Severine Vidal ne déroge pas : touchant album qui met en scène une grand-mère à la mémoire défaillante.

Affublées de robes en tissus d’ameublement, elles se défont régulièrement de leurs dentiers, ce qui leur donne « une petite bouche ridée comme un derrière de chien » (La potion magique de Georges Bouillon), et offrent aux regards des visages ridés comme de vieilles pommes, (insistance globale dans tous les albums sur les rides). Les dents posent véritablement des problèmes : Sheila (dans Le fauteuil de grand-mère) qui partage sa chambre avec sa grand-mère a cette réaction : « les dents de grand-mère sont posées sur le rebord de la fenêtre. Elles sont posées là, au fond d’un verre d’Efferdent et ont l’air de me regarder. Les dents de grand-mère, c’est ce que je vois en premier en me réveillant le matin et en dernier avant d’aller au lit. J’aimerais mieux qu’elle les mette derrière le rideau, comme ça je ne les verrai pas tout le temps »

Mémé est amoureuse propose une vision moins dégoûtante « un visage plein de rides joyeuses ».  Amoureuse, d’accord, mais sommée de se ménager ! Ainsi, la grand-mère d’Elodie dans Le fiancé de grand-mère, écrit par Françoise Collombet, est d’allure sportive et gaie mais elle est forcée de « ralentir son allure car pour être amoureuse, elle n’en avait pas moins soixante-cinq ans. »

Dans l’album Les mamies de Colin Hawkins, on dit que certaines mamies se teignent les cheveux mais c’est le seul cas où ce point est abordé. Ailleurs elles ont les cheveux gris, la blouse du marché, le chignon et le dos vouté !

Bien sûr certains ouvrages offrent une vision un peu moins sinistre, mais néanmoins toujours dans la réserve : même en bonne santé, les grand-mères ne sont plus tout à fait pareilles que quand elles étaient jeunes, et on insiste sur leur difficulté à tenir l’enthousiasme dans la durée, sur leur grande fatigabilité. Le plus souvent seul, veuf ou veuve, le grand-parent est en charge d’un rôle éducatif, lié à sa sagesse et son expérience de la vie. Il est peu drôle, peu enthousiaste, finalement assez ennuyeux, tant il semble investi de ce rôle de « celui qui sait et qui transmet ». De caractère souvent aigri sans qu’on sache bien si c’est lié à l’âge ou si les choses ont toujours été ainsi, la grand-mère finit souvent par mourir, à la fin de l’histoire, et on se dit que c’est là quasi uniquement, le sens de ces livres pour enfants : un apprentissage de la vie et ses limites…

C’est triste et complètement en dehors de la réalité. Il faut croire que s’écarter de l’image traditionnelle c’est rompre avec une partie de l’imaginaire collectif, que dans cette fidélité il y aurait une sorte de volonté de conformité à des modèles dont on suppose l’origine mais dont on ne comprend pas le sens.

Il semble bien que les auteurs de cette littérature jeunesse fassent passer aux enfants leurs propres angoisses devant le vieillissement.

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