De moi à vous

J’ai pour les jardins clos un amour indiscret (Colette)

C’était un dimanche de fin d’été. Il lui avait pris la main et l’entrainait en riant dans le jardin. Viens je vais te montrer des choses que tu ne sais pas.


Je vais te montrer le pays auquel j’appartiens.


Regarde …


A l’abri des feuilles vertes, le citronnier a, cette année, donné cinq citrons. Dis, tu les vois, les deux gros là devant, presque murs et les trois plus petits qui se confondent encore avec les feuilles ?


Ailleurs, le vent léger transporte des bouffées de menthe, de verveine citronnelle et de thym. Il n’y a qu’à se baisser, frotte tes mains sur les feuilles pour que persiste jusqu’au soir leur parfum, dans le creux de ta paume.


Il faut se laisser aller au jardin qui donne.


Viens, tu vois là bas l’agapanthe, tenace et fière dont les fleurs vacillent entre le bleu et le violet. Tiens, une branche de persil dans ce pot : il aura fallu une envolée de Mistral pour que la graine, après avoir hésité sur sa destination, choisisse ce pot là au beau milieu des agaves.


Regarde le graphique Euphorbe dont les fruits éclatent en séchant, le laurier thym qui livre une floraison en hiver quand le jardin devient morose, la myrte dont les feuilles et les fleurs embaument de concert.
Viens voir les roses qui n’ont pas survécu à l’été sec, se sont ratatinées et baissent la tête dans leur robe fanée.


Sais tu que l’amandier, symbole de la virginité, donne des fleurs roses ou blanches en hiver seulement ? Et tous ceux là qui me viennent d’ailleurs, qui ont traversé terres et mers pour envahir mon jardin : le lilas des Indes, le pin d’Alep, le cyprès de Florence, le lin de Nouvelle-Zélande…


Et ces Succulentes qui ont si peu besoin de terre et s’accrochent aux rocailles de la garrigue pour s’épanouir en feuilles épaisses et duveteuses. Vois la Joubarbe qui résiste, elle aussi, à presque tout et ressemble si fort à un petit artichaut.


Le temps était passé. Le Mistral soufflait en grandes rafales. C’était la fin de l’après-midi. Entre chien et loup, l’heure exhalait des parfums mêlés.
Et l’odeur du jardin, à cause de la nuit venue, devenait une odeur de campagne. Une bouffée d’acacia entra, si distincte, si active, qu’ils se retournèrent tous deux comme pour la voir marcher… Colette

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