Un peu de moi

Je veux, j’ai droit

Vous vous voyez vieillir vous ? Moi oui, ça commence mais longtemps ça n’a pas été le cas. En fait je vois que j’ai vieilli quand je regarde mes ami(e)s et que d’un coup j’ai l’impression d’être dans une maison de retraite.

Pardon, pardon 🙂

J’entends que j’ai vieilli car un certain de mes enfants (un sur trois) me fait remarquer mon âge et ce à quoi je devrais me limiter compte tenu de lui (l’âge) et combien je devrais me ranger compte tenu toujours de lui (l’âge) etc.

Les gens qui spontanément viennent à moi avec en ligne de mire, une forme d’amitié, ont dans leur grande majorité, tous plus de soixante ans, voire bien plus.

Alors pour ce qui me concerne, dissipons ce malentendu : je préfère de loin la compagnie des gens plus jeunes, moins blasés, plus drôles et surtout avec un avenir mais je m’accommode et même je m’adapte, comme vous peut être.

Car ce qui me semble caractériser ma classe d’âge, la soixantaine donc, c’est le ressassement de ce qui a été vécu sans même l’ébauche d’une projection dans l’avenir en dehors du week-end, sans même un coup de folie, voire des coups de folies. Les discussions tournant à l’imparfait, au passé composé, temps qui a pour intérêt d’être le temps du retentissement dans le présent, sans une once de futur. Je sais donc parfaitement ce qui a été fait par les uns et les autres dans leur passé respectif, les boucles dans lesquelles chacun tourne, a tourné, inlassablement sans même se rendre compte de la boucle. Le ressassement et la résignation : les deux mamelles de la vieillesse.

Et les morts. Car ce qui caractérise également ma classe d’âge, c’est l’inventaire des morts autour. Et de fait il commence à y en avoir pas mal. Moins graves, en quelque sorte, le couplet sur les maladies, les douleurs bien physiques mais avec un retentissement psychologique fort.

«  Tous les vieux sont dépressifs » disait je ne sais plus qui. C’est un peu vrai même si je m’exclus de la bande de fait car je ne suis pas (encore) dépressive, parce que j’ai des projets pour demain et plus lointains, parce que ma vie est baroque, donc dans le mouvement (un mouvement conscient et non éparpillé bien évidemment car là est le privilège de l’âge, dans la conscience)

Il me vient à l’esprit cet hollandais qui, il y a quelques années, trouvant que 69 ans, son âge biologique, n’était pas assez « vendeur » auprès des femmes avait posé réclamation auprès des instances concernées pour que son âge soit ramené à 49 qui lui semblait plus approprié à ses désirs de séduction.

 Il est vrai que le législatif a parfois besoin de champs nouveaux à explorer pour faire semblant d’exister…

Notre hollandais, que je trouve personnellement pour le coup très sympathique évoque , pour appuyer sa demande que «les transgenres peuvent maintenant changer de genre sur leur état civil, aussi, dans le même esprit, on pourrait faire quelque chose pour changer d’âge».

C’est limpide.

Bienvenue dans le monde merveilleux de la french theory: puisque tout est construit, tout est destructible. Puisque l’identité est totalement dissociée de la biologie, il n’y a strictement aucune raison que l’âge soit lié à la naissance.

Tout cela m’amuse beaucoup.

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