De moi à vous

La liberté guide-t’elle le peuple ?

Les colères, mouvements d’humeur ou encore les propos agressifs, les engueulades via les réseaux sociaux, les manifestations dans les rues reposent sur une revendication quasi unanime : la sauvegarde de la liberté.

Le pass sanitaire et par delà une forte incitation à la vaccination sont vêcus comme une privation de libertés individuelles
Or, je m’interroge sur cette notion de LIBERTE qui me semble assez curieuse tant elle est confuse et se confond avec la RESPONSABILITE.


Dans cette histoire de masques, de gestes barrières, de confinements à répétions, de 6 à table, d’interdictions de pénétrer dans la sphère de nos ancêtres, il est fait appel à la responsabilité de chacun.


Etre libre coûte que coûte, vivre comme bon nous semble revient si on prend un exemple basique à refuser de mettre sa ceinture de sécurité au prétexte que j’affirme par là ma liberté de me mouvoir comme je le veux dans ma voiture même si cette liberté en cas d’accident peut me conduire à être soigné et donc pris en charge, privé de ma liberté de mourir sans soin.


C’est une erreur de penser que la liberté est une affaire individuelle, elle ne se construit que par rapport à autrui.

Se définir comme libre, c’est se définir dans une société qui est constituée d’un ensemble de rapports humains.

Celui qui vit tout seul sur une île déserte ne s’interroge pas sur sa liberté.


Ceci posé, il semble bien que vouloir être libre revient à vouloir ne penser qu’à soi alors même qu’on vit avec les autres et que tous ces rapports humains conditionnent notre existence.


 » C’est parce que l’homme est libre qu’il est responsable (…) nos actions et nos choix impactent les autres qui nous entourent, et c’est précisément parce que ces actions sont libres que nous devons répondre de leurs conséquences”, dit Mélissa Fox-Muraton, docteure en philosophie et chercheuse à l’ESC Clermont.


Bien sûr que le virus et sa diffusion ne sont pas les résultantes de nos choix individuels mais également de la responsabilité de l’état. L’état qui opte pour le confinement, la fermeture des bars et des restaurants etc…pose des interdits à l’intérieur desquels chacun reste libre ( on l’a vu dans les fêtes dites  » sauvages  » par exemple)


C’est là qu’il est souvent compliqué de se positionner, et tout particulièrement en France. Depuis la révolution, il existe une tension en France entre la revendication d’une forme de liberté, en opposition à l’État, et en même temps, on reproche toujours à l’État de ne pas prendre les bonnes mesures.


Il existe ainsi une dichotomie entre nos attentes d’une hiérarchie presque autoritaire et notre aspiration profonde à la liberté individuelle ( je fais ce que je veux et je pense ce que je veux ) héritée des Lumières, de la Révolution.


On le vit et le voit dans les manifestations aujourd’hui : banderoles comme autant d’appels à la liberté individuelle, critiques virulentes du rôle de l’état et dans le même temps on entend qu’il aurait fallu rendre tout cela obligatoire plus tôt, que le moment est mal choisi …(autant de considérations qui reposent pour ceux qui les profèrent sur une affirmation, à leurs yeux, d’une liberté individuelle)


Il me semble qu’il convient et qu’il est responsable de se considérer comme citoyen d’une société qui est ce qu’elle est mais qui assure la scolarité à nos enfants, nous garantit un système de santé performant, propose des aides aux plus démunis, assure notre sécurité, nous permet de nous exprimer comme bon nous semble ( Nous sommes loin des dictatures et des systèmes nazis auxquels ces mesures sont assimilées et qui font bondir ceux qui savent par expérience ou par analyse)


J’ai un peu l’impression de vivre des crises adolescentes dans ces conflits et ses divisions sociales : volonté de revendiquer son autonomie de penser et d’agir, refus d’un état tutélaire et dans le même temps besoin de cet état tutélaire pour exister en tant que citoyen d’une nation, revendication de protections sociales, médicales et dans le même temps refus de ces protections ou de certaines ( sans qu’on voit bien lesquelles).


S’affirmer sans pouvoir se libérer car se libérer de l’état serait se libérer de la société civile et perdre par là même ce qui nous constitue comme individus.

Dominique Mallié

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