De moi à vous

La trace…

En ce moment j’ai envie d’écrire un peu sur tout mais pas sur n’importe quoi. J’ai cette chance (mais est-ce de la chance ?) d’avoir un blog qui me permet en sus d’écrire, d’être lue. Par tous mais pas par n’importe qui : Vous !

Le désir d’écrire découle des lectures faites ici et là, de mes déambulations . Ainsi un évènement, une expo, une pensée deviennent sujets d’écriture. Pas une écriture d’urgence, mais une écriture réfléchie dont les sujets me traversent l’esprit, font leur chemin en moi, aboutissent à des mots, des phrases etc

Je me promène dans l’écriture. Une sorte d’errance maitrisée.

Et puisque j’évoque le « chemin », ce qui m’est venu aujourd’hui, est lié : LA TRACE. Pas celle des animaux qui laissent leurs traces dans la terre mouillée, la neige, des piétinements parfois ou un chemin plus rectiligne de celui qui va quelque part. Mais un peu tout de même similaire à celle des animaux.

Nous laissons des traces de nous. Tout comme les autres laissent en nous des traces d’eux, autour de nous aussi d’ailleurs.

Un mot, un geste, un regard, un objet, un moment passé ensemble… autant d’empreintes qui si on y prête attention nous ramènent à eux. Il ne s’agit pas de nostalgie mais d’une sensation agréable ou non, mais le plus souvent agréable car ainsi est fabriqué notre cerveau (bien fabriqué d’ailleurs pour l’occasion).

Quelles traces vais-je ou ai-je laissées de moi ?

Par nature la trace est ce qui reste, aussi faut-il que j’aie disparu pour une raison ou une autre des univers de celles et ceux que j’ai croisés pour que cette trace existe. La trace se construit (en quelque sorte) sur l’absence.

Je ne peux savoir quelle est cette trace. C’est frustrant mais on s’en accommode.

Et pourtant, il nous arrive après parfois des années de croiser des personnes dont on aura partagé l’univers un temps ou de recevoir un mot d’elles. Et là surgit la trace verbalisée, mise en mots de ce qu’ils auront gardé de nous, parfois le sujet, la raison même de leur retour : « je me souviens de toi quand tu … ces mots que tu as eus alors…  » et cette réminiscence a généré le désir de renouer.

La trace est un fil, une ombre qui serait modulable en fonction des êtres croisés. Différente pour chacun ou similaire, va savoir.

C’est ce qui la rend poétique à mon sens.

Autant nous n’avons qu’une seule ombre qui nous suit ou nous précède, autant nous laissons des traces différentes chez ceux que nous avons croisés. Toutes diverses. Car notre empreinte, qu’on le veuille ou non s’inscrit différemment chez l’un et l’autre ( tout comme nos traces s’inscrivent différemment en fonction de nos chaussures, nos pieds nus, la qualité du sol, celle de la marche …)

Les traces plus « spirituelles » sont nos empreintes, figées dans les esprits et donc dans le temps.

Une empreinte qui comme celle que laisse l’animal se donne à déchiffrer. Il faut fouiller sa mémoire pour faire remonter le moment, être réceptif pour que ce qui était de l’ordre du furtif se révèle en nous.

Les traces, des énigmes donc puisque rarement nous saurons mais à travers elles la certitude que les choses ont existé et continuent de le faire dans le surgissement inopiné ou volontaire.

( Voilà c’était ma réflexion de ce bel après-midi passé)

Il me revient à ce propos un très beau film éponyme de B.Tavernier vu autrefois : En 1859, dans le Royaume de Savoie qui devient un an plus tard la Savoie française, l’histoire de Joseph Extrassiaz dit « le rétréci ». Joseph est un colporteur, qui, durant l’hiver, quitte son village de haute montagne pour parcourir le Nord de la péninsule italienne afin d’y vendre coton, fils à broder, dentelle et colifichets. Sa route sera semée d’embûches et de rencontres, parfois drôles, parfois pathétiques…Cette trace là qu’il laisse dans la neige est aussi celle de ce dur labeur, de la peine, la souffrance, mais aussi le plaisir des rencontres faites dans les étapes du chemin.

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