De moi à vous

L’angoisse à mes basques

Il me tient à coeur ce billet publié en mars 2022, quasiment un an déjà et toujours si proche dans les ressentis ….

27/03/2022

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais cessé d’être angoissée.

 Je me suis toujours battue avec ces heures confuses, celles entre chien et loup où il faut lutter contre la nuit qui doucement nous signale qu’elle nous a rattrapés, et qu’il sera bientôt temps de lui céder.

 Je ne me suis jamais couchée autrement qu’éreintée, épuisée, comme s’il fallait être au bout pour enfin se rendre, pour accepter qu’une nouvelle journée s’en est allée.

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai eu la terreur de perdre ceux que j’aime, la crainte du déchirement, de l’arrachement, de la maladie,  de l’amour qui ne se donne plus et du néant que symbolise chaque séparation.

 D’aussi loin que je m’en souvienne j’ai souffert pour le monde, pour la violence, pour les humiliés et les offensés qui pourraient être nous, pour des photos d’enfants serrant un doudou qui auraient pu être les miens, pour cette grand-mère qui aurait pu être mienne et qui est là le regard perdu parce qu’elle a tout perdu.

 D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été maniaque, j’ai trié, jeté, pensant illusoirement qu’il y avait là une forme de maitrise de mon univers.

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai frôlé des centaines de fois le malaise face à des situations imprévues, des émotions trop vives, des injustices insoutenables, des reproches infondés, des ruptures imprévisibles.

Je sais combien être sain d’esprit n’est pas une évidence, mais bien un effort permanent.

Mais dans tous ces méandres, j’ai eu une immense chance. J’ai découvert la philosophie suffisamment tôt pour qu’elle me sauve, qu’elle donne un cadre à mes angoisses, qu’elle remplisse le vide d’analyse, qu’elle réponde aux questions par d’autres questions, et qu’elle fasse tourner mon cerveau sur autre chose que sur lui-même.

 Et c’est bien ce support-là que je partage avec vous çà et là car j’ai la conviction qu’il peut en aider d’autres.

Tendre des hypothèses pour traverser nos secousses et nous construire.

A la philosophie, s’ajoute la vie, pour peu qu’on soit attentif, ouvert, les rencontres, la capacité d’émerveillement qui, elle aussi se travaille et enfin la confiance en la vie qui s’acquiert.

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