De moi à vous

Le bonheur ça s’avale ?

Il y a quelques années existait une pilule magique surnommée le  » médicament du bonheur  » . Dans sa formule plus médicale : Prozac.


Hop, avalée et quelques jours plus tard les effets se faisaient ressentir : une sorte de distanciation vis à vis des difficultés de la vie ou plus sournoisement du mal de vivre, une apesanteur.


Je n’ai jamais été pour en ce qui me concerne, je n’aime pas trop les médicaments et si j’en prends c’est par obligation.


Mais le sujet ici est cette question du bonheur.
Il y a aujourd’hui une injonction au bonheur. Celui qui n’est pas heureux a raté sa vie, comme si le bonheur pouvait s’inscrire dans une continuité. A longueur de pub, même si je suis épargnée n’ayant pas de télé, on nous promet le bonheur si ….et si …. Mais comme dans le même temps ces mêmes médias nous abreuvent de peurs générées par tout et n’importe quoi, il s’ensuit une perte de repères assez compliquée à vivre.

Pour simplifier on a  » le cul entre deux chaises  » et la formule n’est pas confortable surtout avec une arthrose de la hanche.
Les gens ( je déteste le mot  » gens  » ) mais là je l’utilise à dessein. Les gens ont peur et on leur dit que non, il faut qu’ils soient heureux, déjà d’être en vie sur une planète qui possiblement va mourir avant eux.


C’est vrai que ça rend heureux cette idée !


On nous assassine de  » carpe diem  » mais tout le monde sait que vivre l’instant relève de l’impossible car qui peut se targuer de n’avoir pas de petites pensées en arrière ou en avant dans le moment qui se vit là?
On fait le vide des grincheux autour de soi et on se plaint de ne voir plus personne car la terre est peuplée de grincheux, au moins dans notre société judéo-chrétienne où se plaindre fait foi, où le bonheur est vite suspect, insolent, une claque aux autres, tous les autres, tous les malheureux.
La preuve ? Le bonheur se définit toujours par rapport aux moments malheureux. Qui n’a pas entendu des dizaines de fois :  » Là c’était quand j’étais heureux, quand on était heureux, j’ai passé une journée de merde etc…  » .
Affirmer que sa journée a été merveilleuse est déjà faire preuve d’une forme de marginalité qui exclue. On se fait regarder de travers, on en devient léger, trop léger, frivole, incapable de considérer les aléas de la vie, aveugle, sourd que sais-je.
Et si finalement le bonheur c’était juste laisser aller, s’ouvrir à la surprise, afficher un sourire qui n’est pas un rictus, et si le bonheur en soi c’était comme
une ouverture, une main tendue, un parti pris définitif
une DECISION personnelle ?

26 commentaires

  • Imogène Barnaby

    Bonjour, je vous remercie pour ce merveilleux texte qui a le pouvoir de me faire sourire… et c’est agréable. Je vous répondrais par une citation qui me parait aussi juste et réaliste : « Le bonheur n’arrive pas automatiquement, ce n’est pas une grâce qu’un sort heureux peut répandre sur nous et qu’un revers de fortune peut nous enlever ; il dépend de nous seuls. On ne devient pas heureux en une nuit, mais au prix d’un travail patient, poursuivi de jour en jour. Le bonheur se construit, ce qui exige de la peine et du temps. Pour devenir heureux, c’est soi-même qu’il faut savoir changer »
    Luigi Luca Cavalli-Sforza

    • Dominique

      merci Imogène pour cette citation magnifique.  » il dépend de nous seuls  » … je crois que c’est là en effet que va se nicher le plus sûr moyen d’être bien dans sa vie comme dit Sagan. Mieux que le bonheur,  » être bien  » est plus parlant, moins chargé … moins solennel, plus abordable.
      Il y a des tas de moments, de jours où on est  » bien  » seul ou en compagnie.
      Je vais regarder cet auteur, je ne le connais pas ….

  • jérôme

     » Il faut être heureux en dépit de tout le reste  » disait D’Ormesson. Je pense en effet aussi que le bonheur ne peut dépendre de quoi que ce soit, des autres déjà, décevants dans leurs comportements, des amitiés fausses où peu sont là quand on en a besoin , de l’argent et du manque parfois, des mauvaises nouvelles qui nous assaillent de partout… le bonheur dans ce sens est une décision personnelle en effet et nécessairement elle va de pair avec une forme de protection . Seule la santé me parait absolument indispensable au bonheur. ( les besoins primaires satisfaits en fait ) C’est un état d’esprit qui se travaille. Merci Dominique !

    • Dominique

      En effet Jérôme je ne pense pas qu’on puisse compter sur les autres pour donner à notre vie davantage de bonheur. Chacun est surtout préoccupé de soi, mais ne rien attendre comme je le disais par ailleurs et prendre ce qui est donné tout en restant dans une attitude d’ouverture me semble bienveillant. Ceci étant j’ai deux véritables amies qui sont toujours là pour moi, mes enfants, mes parents et des connaissances que j’ai plaisir à rencontrer . Il faut savoir prendre et garder une juste distance par rapport au monde qui nous entoure et  » cultiver notre jardin  » c’est peut être aussi ce que Voltaire voulait dire …. Bonne journée

    • Isalès

      Je n’ai pas de repères littéraires comme beaucoup de tes lecteurs, mais je crois comme toi que le bonheur est une décision (rien ne sert d’attendre!), de même que je pense aussi que l’amour est une volonté. C’est donc maintenant ou jamais, ça vient de nous et c’est parfois difficile! On est très pollués au quotidien, c’est vrai que ça n’aide pas! Bonne soirée et merci pour tes articles toujours sympa Domi 😉!

      • Dominique

        Merci Isalès, oui je crois en ça, en la décision de changer notre angle de vue sur nos vies. Il est d’ailleurs regrettable de le faire seulement quand on perd la santé, le bien le plus précieux. L’amour : une volonté ? oui, je suis d’accord. Autant le coup de foudre est de l’ordre du déraisonnable autant l’amour est volonté, c’est à dire qu’il faut vouloir entrer dans un amour et persévérer. Mais hélas notre société est devenue même dans ce domaine une société de consommation. C’est triste mais il faut en prendre son parti et avancer heureux d’être en plein possession de ses moyens, de faire des choses qu’on aime, de s’entourer de gens aimables et aimants, de privilégier nos familles, nos passions, d’avancer avec foi en la vie. Et d’assumer qui on est . Le reste suit, tout le reste. Bonne soirée aussi 🙂

  • Sapiens

    Le bonheur est un état d’esprit, une quête.
    Contredisons Prévert qui disait « on reconnait le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va ».
    Ne gâchons pas les moments d’affection, d’amitié, de tendresse.
    Oui laissons aller et venir les bons moments de la vie.

  • Suzanne

    Quelle chance nous avons de vous lire et de lire votre enthousiasme si communicatif. J’ai vu la vidéo que vous avez enregistrée pour le groupe Prisma, j’ai ri de vous voir rire. Vous êtes telle que vous écrivez. Les années glissent sur vous. Vous ne craignez pas le regard des autres et même le cherchez, c’est une belle liberté dont vous faites preuve. J’avais d’ailleurs beaucoup aimé votre article intitulé  » une femme libre « , je crois en effet que vous l’êtes profondément avec un beau regard sur la vie. Continuez à écrire, pour notre grand bonheur !

    • Dominique

      Merci Suzanne, oui j’assume complètement la femme que je suis, je lutte parfois pour être moi même, vieillir au mieux, et surtout j’assume pleinement ce que je dis, fais, et qui je suis.

  • Anne Laure

    Considérer toutes choses sous un autre angle demande un effort, vous avez raison Dominique. On entend que des jérémiades où qu’on se tourne et sans doute moi la première sans bien m’en rendre compte, votre article éveille la vigilance. Je vais faire l’effort car c’est si bête de se gâcher le temps qui reste … merci pour tous vos articles et je suis ravie que le blog reprenne.

    • Dominique

      Merci Anne Laure, oui le blog reprend, peut être moins assidument car je termine mon second livre. Mais là je suis en vacances, j’ai donc plus de temps . Fuyez ces jérémiades, on a pas de temps à perdre avec les grincheux de tous poils sauf si ils sont drôles :)Bonne journée !

  • Marc

    Jolie citation que vous avez trouvée de Sagan en exergue. Bel article qui nous botte un peu les fesses et … ça ne fait pas mal du tout ! Au contraire !

  • Jean-Luc

    J’ajouterai à toutes ces pensées pleines de bon sens que le bonheur passé un certain âge est un devoir vis à vis de soi, on a plus de temps à perdre à se lamenter sur soi et le monde, un devoir d’agir en quelque sorte pour que notre façon d’appréhender le monde change… merci Dominique ! Et puis aussi il faut arrêter de penser que le bonheur va venir des autres. Ne rien attendre comme vous disiez par ailleurs est aussi essentiel. Vous avez mis d’ailleurs dans les mots clés  » l’existentialisme  » , je pense que Camus ne renierait pas le sens de votre billet !

    • Dominique

      Tout à fait d’accord, il ne va pas nous tomber du ciel, inutile de courber l’échine à priori… 🙂

  • Antoine Martin

    Quel sage article et combien justes toutes ces remarques. Merci Dominique pour votre éclairage et pour me faire rire aussi après une dure journée au travail à côtoyer des gens terriblement ennuyeux …. ( je plaisante c’est pour renchérir 🙂

    • Dominique

      Je crois fort à ça : changer son angle de vue sur les choses et les gens et décider que la journée, la nuit seront bonnes, ne retenir que le meilleur et aller vers les autres le sourire aux lèvres. C’est ma philosophie de vie 🙂

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