De moi à vous

Le premier tableau que j’ai peint

Je retrouve il y a quelque temps, chez ma mère, dans cette maison qui désormais m’appartient et qui se vend, ce tableau que j’ai peint alors que j’avais une trentaine d’années.

Je le lui ai laissé le temps que la maison se vide peu à peu mais j’ai pris cette photo du tableau qui m’a touchée en plein coeur comme si finalement c’était un peu de moi, du moment, de la vie là, que je retrouve alors dans ce portrait.

L’absence de visage dans cette période pourtant si heureuse que je traversais, amoureuse de mon mari, dans un travail qui me plaisait, m’interpelle. Cet effacement du visage dit aussi peut être la rapidité de la vie, à peine le temps de tourner la tête et toute une partie de ma vie s’estompait pour laisser place à une nouvelle période. Nous en connaissons tous de ces moments où tout va si vite que la tête nous tourne un peu.

Ce visage qui se dérobe, l’impermanence, contraste, par le mouvement que l’on ressent, avec l’attitude tranquille du café que l’on boit, de la cigarette qui grésille tenue dans la main droite.

C’était sous la véranda peut être, un soir de juillet ou de début d’automne si j’en juge par la veste portée. Les saisons avaient alors du sens. Me protéger d’un petit frisson ressenti quelques minutes auparavant. Il fait si vite un peu frais le soir, dans les Alpes d’où je viens.

J’entends à nouveau le murmure de ta voix, tranquille et sûre, toujours si présente à mon oreille, comme un vieux disque qu’on écoute encore et encore.

Le vent s’épuise sous la remise et feuillette page à page le livre de notre bonheur. Il est 5 heures.

On s’est installés là sous le parasol des feuillages et on parle. C’est l’heure des confidences. Tu me racontes tes maitresses d’avant, je te parle d’anciens amants.

Hormis la chanson des frelons nous n’avons plus rien dans la tête. Je me suis posée sur un accoudoir dans cet espace ni tout à fait assise, ni tout à fait debout. Un entre-deux.

Avant j’ai classé quelques bouquins, arrangé des fleurs dans un vase.

Tu croques du raisin bien tendre, des grappes lourdes couleur d’encre.

Tout à l’heure nous rentrerons, nous retrouverons l’appartement où l’on s’ennuie, les bruits de la ville.

J’écrirai une lettre à une vieille amie.

C’est tout cela que me raconte ce tableau, c’est pour cela que je tiens tant à cette esquisse d’alors.

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