De moi à vous

L’ère du chacun pour soi. (Entre collectif et individualisme)

Cela faisait longtemps que je n’étais venue écrire sur ce blog… et aujourd’hui pour cette reprise, j’ai envie d’évoquer, dans un premier temps, une série que j’ai regardée, oh rien de vraiment original puisqu’elle fait beaucoup parler d’elle : EN THERAPIE


On suit jour après jour les séances menées par un psy parisien (Frédéric Pierrot, fantastique) dans son cabinet, peu de temps après les attentats du 13 novembre 2015.
Ariane, Chibane, Camille, Leonora et Damien … et surtout le psy Philippe Dayan nous deviennent ainsi familiers.


Certes le processus pourrait être caricatural dans la mesure où séance après séance pour chacun des patients tout avance vite, mais  » pourrait  » car tout gagne en fait en intensité dans cette mosaïque de portraits et leur succession
Bref on avance aussi, et si on avance dans l’auto-questionnement c’est que l’identification à chacun est forte tant le jeu des comédiens, les mots choisis, les silences, les regards, les émotions, les gestes, le corps qui lâche avant l’esprit, les mots et leur flot sont pertinents, émeuvent, questionnent, font sourire et parfois pleurer.


On ne pouvait alors envisager vivre comme avant, mais alors comment vivre avec cette menace, comment vivre mieux, plus. Comment repenser l’individu dans ce qui est un trauma collectif ?


Et c’est là que je veux en venir.


Ce qui m’a semblé particulièrement intéressant voire captivant c’est le retentissement du traumatisme collectif sur les traumatismes personnels.

Entre ces deux éléments se noue une articulation qui prend en flagrant délit notre époque.
Dans cette articulation intelligente et subtile entre ces deux éléments vient se nicher la puissance de la série, élégamment mélancolique. Chaque épisode montre, en plus de ces êtres blessés, une part des meurtrissures de la société toute entière confrontée à l’indicible.


Cela renvoie bien évidemment à ce que nous vivons depuis un an.

A cette responsabilité individuelle et collective à laquelle nous sommes contraints pour le bien de chacun et de tous dans la crise sanitaire traversée.


D’un coup cette société que nous vivions essentiellement dans notre petit cercle de connaissances, occupés que nous sommes de nos zones de confort, de nos désirs personnels ou familiaux, de nos contradictions, egocentrés il faut bien le dire, s’impose à nous dans ce qu’elle a de plus terrible : la responsabilité collective faite d’interdits, de sanctions, d’obligations, de prises en compte des autres et notamment des plus fragiles, des plus âgés.


On a beaucoup entendu parler de la jeunesse comme  » génération sacrifiée ». On a vu brandir les mots de Nizan  » J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie », recontextualisés pour l’occasion.

Au contraire je vois, pour ma part, dans tout cela, l’occasion pour cette jeunesse de se trouver confrontée à la santé, au bien être de celles et ceux qui ont fabriqué cette société et dont ils prennent la relève. L’occasion de prendre conscience que ce monde dans lequel ils vivent a été construit par d’autres et qu’on ne se débarrasse pas de cette réalité là.


Qu’est-ce une année de parenthèse, ou même plus, quand on a vingt ans, si le collectif doit s’en trouver mieux ? Si nous avons enfin conscience de la nécessité de prendre soin les uns des autres ? De prendre des nouvelles, s’inquiéter les uns des autres, n’est-ce pas là ce qui structure ce fameux  » vivre ensemble  » dont on nous rebat les oreilles et que nous avions si longtemps voulu ignorer ?
On a beaucoup parlé de  » l’après  » , de ce que les choses c’est à dire les rapports humains mais aussi à la matérialité pourraient alors, forts de ce qui est une  » expérience  » se trouver changés, repensés.


Je n’y crois plus. Tout cela passé, les traumas des uns et des autres digérés, tout recommencera comme avant.

Ce qui est aujourd’hui de l’ordre de la prise de conscience individuelle et donc collective, reviendra à ce qu’elle était avant : l’ère du chacun pour soi.

%d blogueurs aiment cette page :