De moi à vous

Les Stoïciens à la rescousse !

Parfois quand les choses se débinent, quand on ne fait que regarder derrière soi, les bons moments, appréhender ceux à venir en imaginant le pire, il convient d’aller chercher de l’aide du côté des Stoïciens.


C’est ce que j’ai fait. Ne marchant plus qu’avec des béquilles, puis à cloche-pieds, je me suis lamentée sur mon sort au lieu de vivre ces jours avec patience, heure après heure et dans l’étirement des journées. Devant l’oeil ébaubi du chirurgien, j’ai même émis la crainte de ne plus pouvoir du tout avancer sur mes pieds.  » Stupide  » disait son regard que venaient adoucir ses mots  » Mais alors pourquoi vous aurais-je opérer, si je pensais que ça n’était pour un mieux ?

« . Bonne remarque me suis-je dit, en effet, pourquoi?  » Et là mon appréhension ne tenait plus.


Que nous apprennent Sénèque, Marc-Aurèle et Epictète ?


Ils nous apprennent que ce qui dépend de nous, ce ne sont pas les choses qui nous arrivent, les évènements malheureux ou heureux, mais notre façon de les appréhender, voire notre jugement par rapport à eux. Autrement dit, ce n’est pas tant la chose en elle-même que notre perception de la chose , notre jugement sur elle qui nous attriste, nous met en colère, nous inquiète. J’étais là dans mon problème du moment.


Chaque fois que nous commençons une phrase par  » Je crains que…  » , il s’agit de s’arrêter car c’est la porte ouverte à toutes les peurs et leurs corollaires : les angoisses qui, on le sait, se nourrissent d’elles-mêmes.


Le Stoïcien, lui, va plus loin : il bannit l’espoir, comme la peur. Epictète nous dit  » Ne demande pas que ce qui arrive, arrive mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent et tu seras heureux ».


Il faut donc se garder de se projeter à longueur de journée, mais considérer que ce qui nous arrive, à défaut d’avoir toujours été désiré comme l’affirme Epictète, relève d’un certain fatalisme et en faire son credo.


 » Loin de nous donc tout à la fois, la crainte de l’avenir et les retours sur un passé désagréable ; celui-ci ne m’est plus rien, l’autre ne me touche pas encore « .


Bien sûr qu’il faut pour cela se forger un caractère, que tout ne va pas de soi, dans notre civilisation judéo-chrétienne encline au malheur et que seule une puissante volonté peut nous conduire sur ce chemin.


Je ne suis pour ma part qu’une stoïcienne novice, mais en effet, à postériori, je me dis que si j’avais vu les choses sans anticiper sur une possible tragédie à venir, j’aurais vêcu différemment cette période de mon existence.


Marc-Aurèle, lui, écrit :  » Se dire, dès l’aurore, je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un violent, un perfide, un arrogant « . Tous traits de personnalité rédhibitoires mais néanmoins si proches de nos réalités. On le sait, donc la moitié du chemin est fait. On ne sera pas surpris. On aura ainsi davantage la main mise sur nos rencontres et notre caractère, par la connaissance, s’en trouvera renforcé.


 » Il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains  » . La connaissance en amont se nourrit du constat qui va suivre. Nous en sortirons là aussi plus forts car plus conscients.

Dominique Mallié

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