De moi à vous

Non, je ne suis pas gros !

Musée Maillol à Paris, week end du 11 novembre.


Nous visitons, ma petite fille et moi, l’expo consacrée aux Naïfs : Le douanier Rousseau, Séraphine et je tombe ( en quelque sorte, mais ça ne fait pas du tout mal parce que c’est rond et moelleux ) sur Camille Bombois.


Tout comme Botero, Bombois peint des  » gros « . Tout comme Botero, Bombois n’aime pas le mot  » gros  » et lui préfère  » volumétrique « . Tout comme Botero, les femmes et les hommes que peint Bombois ont les pieds fins et les poignets aussi.


Et tout comme Botero et Bombois, j’aime tout ce qui est de l’ordre du portrait  » volumétrique  » dans la peinture.


Mais là où Bombois est plus fort à mon sens, c’est qu’il accentue la sensualité de ses modèles, fait des gros plans sur les fesses rebondies de la fermière, les cuisses, les poitrines.
Une exaltation d’une sensualité un peu naïve en effet .


Mais qui est-il ce Camille Bombois ?
Issu d’un milieu très modeste ( fils de batelier ), il est obligé de travailler très dur, d’abord comme valet de ferme, puis lutteur dans un cirque, marin, ouvrier de tunnel au métro de Paris. Finalement, il peut obtenir un travail de nuit dans une imprimerie de journaux,ce qui lui laisse quelques heures par jour pour sa peinture. Pendant sept ans il vit cette vie difficile, mais c’est durant cette période qu’il acquiert un style et une technique bien à lui. A cette époque personne n’est encore intéressé par ses tableaux.
Mobilisé pour la Première Guerre mondiale, il est cité 3 fois pour son courage dans les combats. Quand il rentre à la maison il découvre que son épouse a réussi à vendre plusieurs de ses peintures pour quelques francs. Cela l’encourage. Il revient à la routine de travailler la nuit, et de peindre le jour. En 1922, il fait une exposition de ses toiles en plein air, et en appelle au « jugement des foules », selon sa propre expression. L’exposition est un succès et ses peintures trouvent acheteurs. Des critiques et des collectionneurs s’intéressent à lui.
A 40 ans, Camille Bombois atteignait son but : il pouvait travailler comme artiste-peintre à temps complet.


La nudité est plutôt tabou chez les peintres naïfs. Elle s’épanouit chez ce peintre sur un mode triomphal. Ces géantes qu’il nous donne à voir sont des sortes de déesses mères, sacralisées dans ce regard que le peintre pose sur elles.
Bel hommage à la femme que je vois là !

Camille Bombois et son épouse

10 commentaires

  • Eleonore

    Bonjour Dominique, j’ai beaucoup aimé cette expo. C’est vrai que Les Naïfs sont un peu déconsidérés dans la peinture, comme un genre mineur, à tort. Le douanier Rousseau me fascine toujours autant par ces jungles foisonnantes dans lesquelles il inclut des personnages qui semblent toujours un peu saugrenus dans cet univers. Il y aurait beaucoup à dire, merci du partage, bonne journée !

    • Dominique

      Oui, l’absence de perspective, des artistes aussi qui ne sont pas toujours passés par une formation des Beaux-Arts, une peinture considérée comme aisée et c’est juste que en dehors du douanier Rousseau et de Séraphine, rendue célèbre par le film éponyme, on les voit peu …

  • Sophie

    Quelle chance a votre petite fille, Céleste je crois , d’avoir une grand-mère comme vous qui l’initie à la culture ! Je vais regarder jusqu’à quand a lieu cette exposition. Je me refuse à faire la queue des heures ! Merci pour la découverte de ce peintre que je ne connaissais pas, belle journée Dominique !

    • Dominique

      C’est un peu le rôle des grands parents : donner à voir autre chose; mais ses parents sont attentifs aussi à cette ouverture, bien sûr. « La dimension exaltée donne à l’objet une sensualité, une existence plus intense, une présence plus grande », c’est là ce que dit Botero de son travail, plus systématiquement dans la sur-dimension que ce peintre évoqué ici. J’avais écrit, je crois d’ailleurs quelque chose sur Botero.
      Nous n’avons pas attendu avec Céleste, pas trop de monde à l’intérieur également, idéal bref ! Merci Sophie, bonne journée également !

  • philippe

    J’aime beaucoup le tableau que vous avez mis en en-tête de votre article. Le contraste entre le noir profond et la peau. Il est un peu à l’image de ces modèles le peintre, si j’en crois la photo que vous avez mise à la fin. Pas de raffinement ici, on est dans une peinture  » populaire  » qui fait du bien à l’esprit, sans chercher un double  » langage « . Merci pour ce partage !

  • Dominique

    Oui , charmant en effet, cette présence du corps est rassurante pour moi, je déteste la maigreur, je lui préfère largement le volume. J’ai également beaucoup d’admiration pour tous ces artistes qui persistent dans une voie envers et contre tout et tous. Il faut beaucoup de courage et de foi en soi pour  » tracer sa route « .

  • Sapiens

    J’aime bien cette expression volumétrique, c’est élégant. Si un jour nous nous croisons, chère blogueuse, vous découvrirez que, justement, je suis volumétrique. Dans ces cas là, les miroirs sont bannis de la maison, par ce qu’on ne veut pas se voir tel que les autres vous voient.
    La plus belle description que j’ai reçue d’une dame qui ne voulait pas dire que j’étais massif, était  » mais non, vous avez une belle présence ». Charmant non?

    Remarquables ces artistes qui suivent leur voie coûte que coûte.

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