De moi à vous

Pascal Rambert : Une  » Architecture  » qui n’ébranle pas…

 » ARCHITECTURE EST UN MEMENTO MORI POUR PENSER NOTRE TEMPS,
une brutale histoire de famille qui s’apparente à un naufrage. Aux lendemains de la première guerre mondiale et aux portes de l’Anschluss, au sein d’une période nourrie d’espoir et de combats, chaque membre de cette famille, aussi brillant soit-il – compositeur, architecte, philosophe, écrivain, scientifique, actrice, peintre – pense encore que donner sa vie pour la pensée et la beauté a un sens. Mais si eux, les plus talentueux des talentueux, n’ont pu empêcher le sang, comment ferons-nous si le sang se présente à nouveau ?  »

Voilà pour le discours  » officiel  » alléchant, convenu, très vite évacué dès la première heure de la représentation.

Dans les faits, la pièce qui ouvre le festival IN, dans la COUR D’HONNEUR est à périr d’ennui. En effet, le seul terme à retenir du synopsis est bien celui de  » NAUFRAGE « . Embarqués que nous sommes, pauvres spectateurs à nous heurter aux récifs de l’incompréhension, cherchant çà et là une bouée de sens, une éclaboussure de sentiments, une vague d’intelligibilité… On échoue assez vite, à peine passé l’interminable monologue de Jacques Weber apostrophant un de ses fils, à relever les filets de ce qui se trame là.

Les phrases restent comme suspendues, hachées, longues à périr, enfilades de mots … On comprend vaguement que ça tangue dur sur le radeau de ce qui a l’air d’être une famille, des couples ; ça barde, on règle des comptes chacun de son côté puis tous ensemble, mais quels comptes ?

Et puis, il y a le moment où on lâche prise, comme souvent dans la Cour d’Honneur :

On se laisse porter par le roulis des mots peu audibles, on se met à fixer les martinets dans leurs courses folles, certains s’endorment, réveillés parfois par un coup de gueule, d’autres s’en vont.

On en sort avec la sensation d’être des rescapés d’un naufrage qui nous aura laissés de marbre.

Quelle malédiction frappe la Cour d’Honneur depuis quelques années pour qu’on assiste à des spectacles aussi sinistres ? Aussi prétentieux ? Aussi peu à même d’éveiller chez le spectateur, en dehors de la curiosité pour le travail d’un metteur en scène, une quelconque émotion ?

On aimerait rire, être éblouis, s’extasier, être bluffés, dérangés, titillés, émus…. non, c’est la sinistrose qui prévaut. On veut nous montrer la tragédie humaine ? Qu’on aille piocher dans le répertoire du 17ème et qu’on entende un texte qui prend aux tripes car là, ça donne juste mal à la tête.

Dominique Mallié

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12 commentaires

  • Sapiens

    Les spectacles de la cour d’honneur qui commencent à 22h et qui durent 4 h, c’est fini n i ni! Ennui, bâillement, textes indigents et démodés, militants à 2 balles ou avec la caution de l’antique. En revanche je ne condamne pas Olivier Py qui prend des risques et qui ne gagne pas à chaque fois.

    J’ai vu hier le requiem de Mozart à Aix avec une mise en scène de Castellucci. Une première. J’ai été scotché tout le long du spectacle. Musique qui tire les larmes et scénographie puissante. Passe sur Arte le 10/07. Ça ne sera pas pareil à la télé, mais « à vos cassettes ».

    • Dominique

      Je ne partage pas du tout ce que vous dites cher Sapiens ou plus exactement vous m’avez mal comprise : je n’ai jamais dit que les spectacles étaient démodés ( d’ailleurs le terme ne s’applique jamais dans l’art enfin et plutôt je n’en vois pas le sens; d’autant qu’il s’agit davantage ici d’avant garde ..), « la caution de l’antique »… vous voulez parlez d’Antigone en japonais mise en scène par Py justement, assez saisissant visuellement, mais pour ma part je préfère le texte de Sophocle, le texte qui en lui même est assez fort pour porter tout le spectacle ou Thyeste tape à l’oeil de Thomas Jolly à partir de Sénèque ?
      Quant au militantisme, oui je vois bien très bien ce que vous voulez dire 🙂 Le requiem de Mozart .. j’aurais aimé être là mais je n’ai pas ce don d’ubiquité ! Bon dimanche à vous !

      • Sapiens

        Chère blogueuse, loin de moi l’idée d’interpréter vos propos. Je me contentais de donner mon propre avis, certes un peu définitif, sur les spectacles de la cour d’honneur qui commencent à 22h et qui durent 4 h. Un succession d’expériences personnelles, pour ne pas parler de mauvais souvenirs.
        La caution de l’antique? les pièces antiques font toujours recette. Je vise particulièrement toutes les pièces qui concernent la malédiction des Atrides, où sont exprimés les plus vils sentiments humains: destruction, vengeance, alliances et dés-alliances, guerre, meurtres, infanticides, régicides, fratricides, cousinocides, etc.
        Je ne sais pas en quoi ressasser ces antiques histoires servent l’humanité d’aujourd’hui. Quel message utile en retirer pour un avenir meilleur?
        Demain soir, La Maison de Thé

  • Elisabeth

    Eh bien ! Ça décoiffe ! Pour une première… ! Je ne suis pas très adepte du théâtre, mais je sais apprécier les spectacles. Je me demande ce que j’en aurais pensé… 🤔 C’est vrai qu’il y a tellement de beaux textes de théâtre, le choix est vaste, et les créations peuvent être intéressantes aussi. Mais je ne suis pas ce qui se passe au Festival d’Avignon. Bon week-end, Dominique.

  • cecile

    Bravo Dominique, enfin quelqu’un qui dit ce que tout le monde pense . Et citons des noms puisque vous ne le faites pas ; on en a plus qu’assez d’Olivier Py, de ce qu’il a fait du  » in  » : un théâtre inabordable, prétentieux en effet, où seule une poignée d’  » élus  » de je ne sais quelle divinité inspirée pourront comprendre ce qui se trame là. Une honte. Où est-il le temps où la Cour D’Honneur nous montrait des spectacles de qualité et n’avons nous pas un répertoire de pièces à la Comédie Française autrement dignes d’être jouées et mises en scène dans ce beau lieu , avec des textes qui font honneur à notre belle langue française ! Merci pour votre talentueuse critique Dominique. Je suis votre blog depuis le début mais là tout comme Sébastien , je n’ai pas pu m’empêcher d’intervenir !

  • Sébastien

    En effet Dominique, merci pour cette critique qui est révélatrice de ce qui se passe dans la cour d’honneur où on vient aujourd’hui voir davantage les performances d’un metteur en scène que véritablement goûter aux plaisirs du théâtre, même si Pascal Rambert est également auteur de son texte. Il y a en effet une forme d’élitisme et de prétentieux snob à produire des spectacles on ne peut plus tortueux et torturés , bref snobs. Merci pour votre blog intelligent, varié et bien écrit que je suis depuis plusieurs mois sans être jusqu’ici intervenu

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