Un peu de moi

Racontez moi …

Ecrire des biographies familiales

Depuis quelques semaines, j’ai ajouté une nouvelle corde à l’arc de mes écrits et de ma vie professionnelle qui a décidément des difficultés à cesser d’être.

Je ne cherchais rien et c’est venu à moi. On me demande d’écrire une biographie familiale et de fil en aiguille, de mots en mots, de bouches à oreilles à bouches voilà que ces écrits se multiplient, voilà que cette « trace » qui me semblait il y a peu si fondamentale pour moi, ce désir de la trace que j’ai, que nous avons tous, ces interrogations quant à elle, ces projections quant à elle devient mon sujet dans ces familles dont le désir est de voir condenser par écrit leur histoire.

L’histoire d’une vie, des vies. A peine commence t’on à la raconter que les souvenirs s’enchainent, naissent les uns des autres et avec eux les images et avec les histoires, l’Histoire.

Il a parfois des larmes dans les yeux mon interlocuteur qui pourtant en a vu dans sa longue vie, des gens de toutes sortes, vécu des drames intimes ou non. Là , l’écriture, mes interrogations le mettent de nouveau face à son histoire, celle de ses parents, grands parents et après c’est de l’ouï-dire. Toujours ce refrain de la bouche à l’oreille, au singulier et au pluriel.

J’écris vite sur mon ordinateur pendant qu’il parle, je bois du jus de pomme, tout se tait autour de nous. Hier j’ai bataillé contre les allemands  avec lui, hier j’ai creusé le Canigou dans les « lapinouzes », hier Jeanne épousait Pierre et neuf mois après naissait Louise , hier c’était André qui était gazé, Simone qui attendait un enfant illégitime, hier…

Dans cette bulle des souvenirs, je deviens étrangère au monde qui m’entoure, celui du présent. Je questionne, j’observe, je note, je regarde les photos, les médailles, je lis les lettres à l’écriture penchée, la calligraphie soignée, j’écoute la voix. Mes doigts courent sur le clavier, il faut retenir le plus possible avant que les choses n’échappent, suggérer les ponts entre ce moment et cet autre, voir l’enchainement dans le décousu.

Après chez moi, je relis, je relie. Je tricote du récit autour des dates, je fais vivre les aïeuls. J’y arrive, je les tiens, je les habille comme je faisais enfant avec mes poupées, je les fais se serrer dans les bras les uns les autres, je crée les regards, les mots, je donne la vie à ce qui n’est plus et pourtant si présent.

C’est un beau travail la trace qui se fait, se dessine, son sillon qui se creuse avec les mots qui caracolent, les noms propres et les communs. La vie qui surgit de nouveau du néant.

Passionnant. Décidément, je ne sais rien faire sans me passionner.

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