De moi à vous

Regarde-moi

De Claire Tabouret j’ai déjà parlé, notamment de ses tableaux de groupes. Pas si fréquent que, dans l’art contemporain, les artistes se contraignent encore à la peinture, au chevalet, aux pinceaux, à tout ce qui semble appartenir à un autre siècle.


Celui où Monet pour la première fois allait poser son chevalet dans la nature, où on quittait enfin l’atelier, les reproductions de mémoire.

Claire, au contraire, revendique l’atelier comme un lieu clos, protégé, une sorte de couveuse à l’abri du monde extérieur, un lieu où on peut se soustraire de ce monde parfois agressif pour y créer et revenir dans le monde une fois que seront nés sur les toiles, les motifs, portraits, paysages …


Et des groupes, je suis arrivée aux portraits individuels. La peinture a ceci de particulier : elle est toujours immobile contrairement aujourd’hui aux vidéos qu’on voit de plus en plus dans les expos contemporaines.


Dans les portraits de Claire Tabouret il est non seulement question d’immobilité mais davantage encore : de ce qui est figé.


Une glaciation.


Ce qui me traverse dans ces portraits, m’émeut et me bouleverse, ce qui fait que sans cesse je retourne à eux, à ces grands yeux ouverts qui jamais ne clignent, qui fixent comme s’ils ne pouvaient se détacher de nous, dans ce va et vient entre eux et nous qui ne pouvons, nous aussi, nous détacher d’eux, c’est le BRUIT


LE BRUIT MUET de l’expression.


Cette série des  » Makeup » sur laquelle j’ai choisi de m’attarder aujourd’hui, nous renvoie à nous, jeunes filles, qui tentions d’appliquer correctement ces couleurs sur nos visages, à les masquer par là même.
Et ça dépassait… pour atteindre dans ce dépassement ici tel que montré, des images qui évoquent à la fois la folie, le jeu, le plaisir de triturer la matière, la violence et même le viol.


Mal appliqué pour quelques millimètres, ce qui était parure devient terrifiant.
Essayez devant vos miroirs Mesdames de faire déraper le rouge et vous ressentirez ce malaise aussitôt devant votre image.

Claire Tabouret nous saisit et nous interroge dans ces mises en scène de personnages. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le nécessaire changement que l’art opère en nous qui fait qu’on reconnait ainsi la qualité d’une oeuvre.

Longtemps après que notre regard se soit détourné d’eux, les personnages de l’artiste nous poursuivent muets et interrogateurs.

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