De moi à vous

Rentrez ! Sortez ! Merci pour vos participations :)

Il n’y a pas de rentrée sans émotions.


Celles des enfants petits qu’on laisse à la porte de la maternelle, avec un regard inquisiteur vers la maîtresse : saura-t’elle s’occuper de ce petit qu’on lui confie après avoir répété plusieurs fois son prénom pour que d’emblée, elle sache que c’est lui : Romain, que c’est pas n’importe quel enfant, mais le nôtre. Saura-t’elle comprendre que si cette petite fille a le nez en l’air,  » ambiancieuse », c’est que déjà, elle a comme des fourmis dans les jambes, l’envie d’un ailleurs bien plus grand que cette classe, verra-t’elle les nattes soigneusement faites, les gouters rangés dans les cartables, les larmes qu’on peine à dissimuler parce que voilà, une page se tourne et une s’ouvre : celle de l’entrée dans une vie sociale, dans le monde de l’école, le début. Parfois les larmes qui n’arrêteront pas de couler tout le jour parce que quelque chose est fini pour toujours. La rentrée qui est la dernière où on sera là parce qu’après le petit bonhomme ne voudra plus, s’échappera sitôt sorti de la voiture ou du bus pour courir vers un monde qui est le sien.


Et puis, les nôtres de souvenirs touchants : l’immense liberté ressentie devant cette vie d’interne qui se profilait enfin, les larmes d’une mère sur un quai de gare alors qu’une vie d’étudiante nous attendait là-bas, dans une autre ville, la fac, les amphis, les nouveaux amis, grande enfin, presqu’adulte. Les copines qui, et comme on se sentait soulagés, étaient dans la même classe. Les odeurs de la rentrée, le bonheur d’elles : des livres, de l’éponge et celle de la craie, des crayons bien taillés. Le père qu’on n’attendait plus et qui surgissait à 16H30, à  » l’heure des mamans », un peu changé depuis le temps qu’on ne l’avait pas vu, les bras ouverts. Le soulagement aussi, même si on était un peu honteux au fond, de ne plus avoir à organiser les journées de vacances. Ce bonheur là.


Les pires souvenirs, ceux qui continuent à laisser une petite douleur en soi : quitter sa mère, son cocon, les vacances, enfiler un uniforme si loin des jolies robes fleuries et des jeans, rater les vendanges où on pouvait se faire trois sous, se retrouver avec un cartable plein de chocolat et les copains qui se moquent comme ils se moquent d’un nom de famille que le maitre n’arrive pas à prononcer correctement. Etre marginalisés d’office. Et puis, un jour, on réussit à oublier la rentrée alors qu’on est prof. On est là, à la boulangerie et c’est la boulangère qui s’étonne du survêt devenu la panoplie des vacances : mais vous n’êtes pas en classe ???


On cherche, devant la porte ouverte de la classe, les mots, les phrases qui vont pousser l’enfant vers cet ailleurs, les mots qui rassurent, qui disent que la journée va être belle sûrement, qu’il faudra se défendre au besoin, que tout va bien se passer, que la vie va sourire, tout un tas de phrases banales qu’on extirpe de nos souvenirs, des phrases qu’on a nous a transmises quand on était à leur place. Décemment on aurait du mal à leur dire qu’on est contents que chacun vive sa journée de son côté. C’est le soir qu’on les bombardera de questions : comment ils l’ont vêcue cette première journée, qui est le prof principal et les copains, les copines, les camarades comment ils sont, dis-moi ?
Les gamins à l’école, on commence de son côté à cogiter tout un tas de bonnes résolutions : ne plus se laisser emmerder au travail par les grincheux de tout poil, se mettre à la gym enfin, au sport, à l’aquarelle, au yoga, au grec moderne, quitter son job pour se consacrer à autre chose, s’installer ailleurs pourquoi pas, au bord de la mer, bichonner son chez-soi, se donner la priorité même si on sait qu’on ne la tiendra pas cette résolution là, pas plus que les autres d’ailleurs. Que toutes ces résolutions prises sur le moment sortiront à peine rentrées.


Car il y embouteillages dans nos cerveaux et pas seulement sur la route, ce jour là, devant la complexité de toutes ces choses à remettre en route. On voit arriver l’automne, l’hiver. On sent poindre derrière l’excitation de surface, une forme de morosité qui va passer bien sûr. On sait .


Combien de rentrées a-t’on ainsi vaillamment essuyées ?

10 commentaires

  • Sapiens

    Merci et bravo pour cet exercice oulipien.
    Tes lecteurs sont tes contraintes. Attention qu’un collectif ne se forme pas pour réclamer des droits d’auteur :-).
    C’est plaisant de voir comme la vie est abordée et ressentie de manière si variée.

    • Dominique

      hou, ils sont peu nombreux je pense les lecteurs à connaitre l’Oulipo et la contrainte qui libère paradoxalement … Merci !

  • nathchoune

    Un texte si joliment écrit… Décidément, je suis vraiment FAN de tes écrits Dominique. Tu me transportes toujours. BRAVO !

  • Catherine

    Je suis toujours curieuse des réponses de chacun mais je me délecte de ta composition avec toutes nos émotions entrelacées et délicatement mis en lien. La rentrée s’est bien passée et je t’en remercie ainsi que toutes ces collaborations si bien exprimées 😍😘

    • Dominique

      Merci Catherine, c’est un gros travail d’écriture de lier tout ça, mais c’est tellement plaisant !

  • Sophie

    Merci Dominique pour ce beau compte rendu de nos participations. Beau texte qui mêle tout un tas d’émotions et de ressentis …

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