De moi à vous

Rien n’est pire que le bonheur !

Je me souviens de cette pub pour le club Med il y a pas mal d’années :  » Le bonheur c’est si je veux, quand je veux  » .


Je propose dans cet article de militer pour le droit à la sinistrose, à la tristesse, à la désillusion. Pour le droit d’avoir une tronche de dix pieds de long, de faire la gueule à tout et n’importe quoi et n’importe qui. Le droit de retrait.


De militer pour l’absence de rigolade, pour la déconfiture, le manque d’intérêt, voire la dépression larvée ou plus affirmée.


De militer pour l’incapacité à l’émerveillement, l’absence totale de passion, de centre d’intérêt, l’indifférence à l’art, la culture, le repli sur soi et le chant des regrets.


De militer pour un avenir de toutes façons sombre, pour les angoisses de tous ordres qui nous assaillent et qu’on cherche à tuer à coup de Lexo au lieu de les laisser nous envahir et nous clouer sous la couette.


De militer pour le désastre, d’arrêter de lutter pour une vie meilleure et se laisser s’enfoncer dans le malheur, y trouver goût.


De militer contre le printemps, l’amour, l’amitié, l’empathie, l’entre-aide… bref tout ce qui pourrait si nous n’étions vigilants, nous rendre un temps soit peu heureux, de prôner la solitude amère, le laisser-aller physique et mental


De militer pour les conversations plates et sans intérêt, artificielles et laborieuses, pour les sourires contraints, les rires jaunes, les mots empesés.


D’arrêter net les  » c’est très joli, très bon, ils sont beaux « , de bouder le plaisir, le sien et celui des autres.


De militer pour le droit de s’enfermer dans le ressassement et les pensées négatives, de fuir tout ce qui pourrait de près ou de loin nous ouvrir le coeur et nous donner l’oeil clair.


De militer pour les sanglots, les pleurs continus, la peur, la violence, le charabia, le riquiqui, les points de vue étroits, l’absence de certitude et son contraire : le trop plein de certitudes.


De se soustraire à toute pensée philosophique qui pourrait nous conduire vers une lumière ou la lumière, de toujours préférer le sombre de la caverne de Platon.


De militer pour l’absence de remise en cause de soi, le déni de l’autre, le refus de changer et d’avancer…

Oui mais voilà, j’ai essayé, je n’ai aucun goût pour le malheur, même avec beaucoup de bonne volonté. Il fait beau, les terrasses vont rouvrir, on va vite fait tomber le masque et il tombe à point nommé : j’ai un nouveau rouge à lèvres.

La vie est là simple et tranquille.

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