De moi à vous

Sororité versus fraternité

« Sororité » est un mot relativement nouveau, qui est sensé faire écho à « fraternité », voire s’y opposer. D’un côté des « soeurs », de l’autre des « frères ». Les femmes étant exclues de fait de la « fraternité ». La révolution française, la déclaration des droits de l’homme sont autant de signaux qui ont inscrit la société sous l’égide des « frères », des hommes .

Le seul terme faisant pendant à la « fraternité » étant la « maternité » ( j’entends bien qu’il existe le terme « paternité » mais je veux dire par là qu’il n’y a pas d’équivalent en rapport à « fraternité » que « maternité) et là on voit bien dans quel rôle on a longtemps cantonné les femmes.

Pour ma part, je me suis toujours pensée en tant que femme comme faisant partie d’une communauté. Communauté qui n’exclut pas les hommes et en ce sens j’ai souvent dit que je n’étais pas féministe du moins dans un féminisme clanique, plutôt dans un féminisme qui repense le rapport aux hommes dans une société où ces rapports se sont trouvés modifiés depuis quelques dizaines d’années .

Mais je ne crois pas avoir réussi à mettre des mots sur ce sentiment d’appartenance à une communauté en dehors d’une fonction propre à la femme : la procréation . Il s’agissait pour moi davantage d’une sensation essentiellement liée à ma formation littéraire, une sensibilité commune. En bref, une façon similaire d’aborder les affects. (Ce qui en soi est un peu simpliste et ne me satisfaisait pas)

Je viens de « rencontrer » Silvia Lippi, philosophe et psychanalyste dont le dernier ouvrage s’intitule «  sororité » et cela m’a ouvert la voie à une réflexion plus précise sur ce qui motivait ce sentiment d’appartenance.

On parle souvent de « fraternité » mais quid du féminin ? Le terme de « sororité » est arrivé il y a quelques années. Pressenti bien auparavant notamment avec les premiers écrits féministes comme la Déclaration des Droits de la Femme d’Olympe de Gouges au 18ème siècle, le terme peinait à naitre comme si finalement ce lien tissé entre les femmes sur des fondements essentiels, ne pouvait voir le jour.

Les femmes peuvent aujourd’hui se penser sans renvoyer à l’homme, y compris pour la procréation. On peut donc commencer à penser le féminisme à partir des femmes et non à partir des hommes comme en opposition.

Dans ce sens la sororité est un symptôme c’est à dire une résurgence d’un trauma profond, celui de la domination masculine et une volonté de dénoncer haut et fort ce trauma commun. C’est là la vision de Silvia Lippi.

Pour moi la sororité n’est pas seulement un cri qui vient des profondeurs de notre être et qui unit les femmes mais aussi une manière d’être au monde.

Aujourd’hui je ne me pense plus en tant que femme de … mais en tant que femme dans un genre qui me convient, qui convient à ce que je suis profondément (par chance!) et comme appartenant à une communauté d’où la rivalité, pour ce qui me concerne est absente.

En revanche, cette rivalité inhérente aux femmes dans leur rapport aux hommes, si elle ne me concerne pas, reste encore très vivace.

Donc je pense que la « sororité » n’est encore qu’un concept, même si certains mouvements lui donnent aujourd’hui une forme. Elle ne peut, à mon sens, encore de nos jours, être considérée comme vectrice d’un lien social. Je le déplore mais même en chemin, on est loin du but.

(illustration : Silvia Lippi)

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