De moi à vous

Traverse la rivière avant de te moquer du crocodile !

Titre que j’ai emprunté à un proverbe africain. On peut y mettre le sens qu’on veut, les proverbes sont faits pour. Il s’agit pour moi de (re) parler des choses de l’amour.

Cet article que j’avais posté au mois de février, je le relis et je le trouve tellement troublant, juste, vrai que j’ai choisi de le reposter, mes lectrices étant plus nombreuses aujourd’hui de même que mes lecteurs donc si par flegme certaines et certains n’étaient pas remontés aussi loin dans le blog et le temps, voilà qui est corrigé. Mais aussi, si je fais ce choix ce n’est pas que je sois à court de sujets à traiter, mon esprit est une véritable cocotte-minute, c’est que la pensée s’enrichit quotidiennement de l’expérience et donc forcément s’en trouve modifiée. ( D’où quelques corrections çà et là et ajouts )

Je me suis inspirée, dans la forme, pour écrire ce traité des choses de l’amour de Fred Vargas ( Petit traité de toutes vérités sur l’existence) . Je pastiche donc la forme et je remplis le contenu à ma sauce.


On va  essayer de comprendre ici cette sorte de  » mouise  » qu’on a vêcue, vit, vivra parlant de l’amour.  Il ne faut pas oublier que je suis professeur de philosophie, mais aussi blogueuse et donc je mélange le tout, les deux je veux dire pour essayer de comprendre l’incompréhensible, dans la dérision, comme c’est l’usage sur ce blog sur lequel vous passez toutes ET tous régulièrement ( j’écris bien  » tous  » car il y en a qui m’ont fait reproche de ne pas les citer alors qu’ils sont assidus et en viennent parfois à négliger leur travail ou la lecture de journaux beaucoup plus sérieux, comme le Monde ou Le Figaro) J’écris  » mouise  » mais dans le même temps, je peux écrire qu’il y a qui sont heureux en amour, peut être parce qu’ils ont compris deux trois trucs, dans ce cas, inutile de lire ce qui suit, allez plutôt vous balader ou remettez vous au travail ou encore faites l’amour.

J’ai  torché là une sorte de traité de l’amour au vu de mon expérience bien sûr, mais aussi de la vôtre et de tout ce que j’ai glané çà et là d’informations concernant cette chose là, ce tempérament, sentiment, élan, relation, etc…
J’aime mieux vous dire tout de suite qu’il s’agit d’un traité définitif et que toutes celles ( et ceux ) qui ont acheté mon livre  » Voyage en Ménopausamie, chroniques de la cinquantaine débridée « , le savent, l’amour, j’en ai déjà parlé, c’était même mon sujet de prédilection dans la réflexion je veux dire, dans la vie, il l’est toujours. Mais là, voilà, après ces réflexions, je n’en parlerai plus ayant fait le tour de la question, il me semble . ( Comme quoi, aujourd’hui que je le poste de nouveau cet article, je peux dire qu’il m’arrive de coller de gros bobards )
Depuis des millénaires on recule pour mieux sauter, il est temps de saisir le taureau par les cornes, c’est à dire, de comprendre, par cette métaphore, quel est ce mystère qui jette de façon improbable les êtres vivants l’un sur l’autre, ou sous ou … ( cela dépend de la souplesse de chacun ) ( l’expérience montre là qu’on peut parfois faire des prouesses pourtant )

Ce petit traité efficace va désormais diriger valeureusement vos pas et vous pourrez y revenir au moindre doute dans votre vie sentimentale. Vos errances s’en trouveront soulagées et si je le fais c’est parce que je sais que nombre de vous sont dans le pétrin à cause de cette vie sentimentale qui pose problème ( moi la première )et il est temps que tout cela s’arrête.

L’amour doit redevenir un jeu d’enfant.

Bon, assez tergiverser, venons en au fait : Je ne vais pas évoquer comment rater l’amour, je crois que sur la question tout un chacun a plus ou moins réussi à trouver le chemin, avec des moyens divers, rudimentaires parfois, mais toujours efficaces. Nieztsche a, en ce domaine bien montré qu’en amour, comme en toute chose, il est plus facile de défaire que de faire.
Une fois qu’on a tout défait, il s’agit de se fabriquer un kit personnel pour reconstruire, car je ne sais pas vous, mais moi je suis une bâtisseuse, une sorte de fourmi en fait. ( Il semble que la fourmilière se soit légèrement cassé la figure depuis )
Alors d’abord comme on est pas hermaphrodite, qu’on ne peut pas se débrouiller par soi-même dans ce domaine ( quoique… ), force est de constater que, dépendants des autres, on passe une énergie folle à s’occuper des choses de nos amours; vous me direz pendant ce temps on ne fait pas la guerre, oui, encore que, il y en a que ça n’empêche pas.
Dans la mallette de l’amour on trouve ( et je mets à dessein tout en vrac ) : égoïsme, narcissisme, paresse, disponibilité, éparpillement, légèreté, confiance en soi, indépendance, autonomie, solitude compacte, acquisition du sens du terme liberté, négligence, patience, insouciance, désinvolture, indifférence, respect de l’autre,manipulation, oubli, apathie et détachement, désir, frustration, angoisse, attente, concessions, don de soi, confiance en l’autre… et j’en oublie sûrement. ( Oui, je peux ajouter aujourd’hui : libre-arbitre, autoritarisme, bienveillance)
Et la bonne nouvelle est que chacun possède à l’état naturel, cette mallette mais chacun va en faire un usage différent sans vraiment avoir le choix, il en va de la constitution de la personnalité des uns et des autres.

Le seul choix que nous ayons est qui ne s’appelle plus un choix est celui de la fatalité, qui n’en est pas un. 

SOIT  vous vous êtes embarqués sur la voie de la stabilité, qui peu à peu, transforme l’amour en un compagnonnage poli ou en une douce amitié : mariage stable, avec engagement d’amour à vie, avec un être stable dans un lieu stable, dont l’immuabilité se voit garantie par une profession stable.
Sachez cependant dans quoi vous vous avancez alors : dans la STABILITE…


Hors le mouvement, point de risque, point de surprise, point d’inquiétude, donc point d’aiguillon, donc point de désir, et donc à moyen terme plus d’amour.
Donc vous n’êtes pas satisfait, et en quête de l’inlassable amour, vous faites exploser l’union stable pour aller voir ailleurs, ou vous la ménagez tout en allant voir ailleurs, c’est équivalent et vous retombez aussi sec dans l’instabilité, la liberté, l’angoisse etc….
SOIT enfin, vous optez pour une union libre, sans engagement, dans des lieux différents, chacun sous son toit, revenus chaotiques mais libre disposition de soi. La tentation est forte. Mais vous vous engagez là dans la voie de l’instabilité avec son cortège d’anxiétés, de doutes, de solitudes, d’angoisses d’abandon, de demandes, d’injonctions et là vous sortez l’autre mallette : celle à outils de pression.
Parmi ces outils de pression, il y a un qui ne fonctionne jamais, c’est le reproche. Avec un simple reproche tous les deux jours, vous amenez l’explosion de la chaudière amoureuse en un délai de 51 jours. ( L’expérience m’a récemment montré que j’avais surévalué le délai, quelques jours, voire heures suffisent en fait )


N’espérez pas l’impossible, il n’existe pas de moyen terme ni de juste milieu, c’est l’un ou c’est l’autre… ainsi est la vie, faite d’extrêmes…
Vous pouvez balancer tous les ouvrages, tests, magasines et notules qui cherchent à mesurer le sens de votre vie, partant de l’a priori inadmissible que la votre en est dépourvue… Votre vie a un sens, puisque vous la vivez…et l’amour, finalement on y croit encore car quand on traverse la rivière amoureuse, on se moque bien du crocodile tant l’esprit humain est capable d’oubli …(On appelle ça aujourd’hui la résilience, ça fait mieux )

.

18 commentaires

    • carole

      Superbes chanson et clip pour illustrer votre propos et celui de tous ceux qui apportent ici sur votre blog, leur part à une réflexion qui nous concerne avec toujours autant d’intensité et de  » passion » 🙂

  • sophiecour

    Intéressant débat et je remercie tous vos participants pour leur éclairage. Votre article dans son déroulement fait bien état de tous ces déboires et ces joies qu’engendre toute relation amoureuse. Je pense très simplement que tant que la discussion est possible entre deux êtres, tout peut se résoudre. Il s’agit d’être très clair dans ce que l’on peut vivre et les attentes qu’on a, à notre âge. Car il est évident qu’à vingt ans, tout se fait dans l’insouciance, comme vous le dites. Le souci de chacun de respecter l’autre dans sa différence et de chercher à le ( la ) rendre heureux en répondant à ses attentes dans la limite de ce que l’on peut donner me semble essentiel. Les aléas de la vie font que beaucoup sont devenus complètement centrés sur eux-mêmes et  » qui m’aime me suive « . Ce qui n’est pas tolérable. Je le redis, le respect de l’individu en face, de ce qu’il peut donner, de sa façon d’être, de ce qu’il a vêcu, des casseroles qu’il trimbale est l’essence du moteur. Merci encore Dominique de nous permettre de nous exprimer sur ce sujet. Pour ma part, comme vous le savez, je me suis remariée il y a quelques années alors même que je n’attendais plus rien, j’ai rencontré un homme qui m’a donné le goût de le suivre, qui m’a fait entrevoir une vie commune épanouissante, qui m’a rendue et me rend heureuse. J’ai renoncé avec bonheur au célibat. Bonne soirée !

    • Dominique

      Rendre l’autre heureux dans la mesure de nos possibles me semble un beau projet de vie. Nous ne sommes pas là en effet pour pallier les souffrances des uns et des autres, les blessures mal cautérisées; A un moment de sa vie, il est nécessaire de remiser le passé aux oubliettes, nous avons tous souffert pour des raisons diverses, et il est fondamental de se présenter dans une relation avec le réel désir de construire quelque chose ensemble. Je crois au projet commun dans un couple à notre âge, sans idéaliser, mais il me semble important d’aller ensemble vers quelque chose d’autre que la simple vie commune. C’est même essentiel.

  • De Vareze Douchka

    Il va sans dire… Et c’est bien connu que l’amour est le bien le seul domaine où l’expérience ne sert à rien…
    Douchka

  • Sapiens

    Question essentielle bien sûr. Aime-t-on aimer quitte à être malheureux sans retour? ou aime-t-on le regard de l’autre qui vous aime quitte à faire des reproches si ce regard est jugé insuffisamment amoureux?

    Bref aime-t-on pour l’autre ou aime-t-on pour soi? That is the question non tranchée à ce jour pour ma part.

    Quant au crocodile, la caravane passe.

    • Dominique

      Je pense qu’on a une ou deux grandes histoires dans sa vie et qu’ensuite on devient plus exigeant peut être car le rapport au temps change, de même que s’enfuit une forme d’insouciance . On sait aussi davantage qui on est, on est riches de nos histoires qui nous ont portés et transportés, on a appris de nos échecs. Je ne crois pas pouvoir être amoureuse d’un homme qui ne me renvoie pas une belle image de moi, ce qui ne signifie pas que je sois incapable de me remettre en cause et accepter de changer ce qui est impossible à supporter. Il me semble également que à l’image de ce qui se passe dans la nature, ce qui pousse lentement a des chances de durer. Les herbes folles ont la vie courte. Je vis depuis quelques années le même genre d’histoires dans la précipitation des débuts et l’illusion qui va avec. Sitôt sortis de la bulle du fantasme de l’autre apparait une réalité avec laquelle je suis prête à vivre avec quelques concessions, parce que consciente du processus, mais hélas ce n’est pas toujours le cas en face. Les débuts sont passionnels, tout le monde sait que la passion ne dure pas et que son étymologie vient de  » patir  » qui signifie souffrir. Personne n’est intéressé par la souffrance à priori. Et pourtant on recommence vaillamment et on recommence encore.

      • Sapiens

        Merci pour cette stimulante et franche réponse.
        La question est finalement « qu’est ce qui n’a pas fonctionné »? En vieillissant on est à la fois plus tolérant et plus exigeant. Avantage ou problème?

        J’ai assisté il y a quelques années à une conférence passionnante de André Comte-Sponville au Chêne Noir, qui illustrait avec pédagogie les 3 formes d’amour (ou phases): éros : l’amour passion, philia : l’amour d’amitié et agapé : l’amour du prochain. Je tiens à votre disposition le lien youtube de cette cette lumineuse conférence.

        Cet aparté fait, je reviens à ma question du début: pourquoi on ne réussit pas à passer de éros à philia? Un peu de moi, un peu de lui/elle certainement. Victimes de nos représentations et de leurs exigences?
        Dans l’amour il y a une promesse implicite d’engagement et de durée. c’est ça qui cloche?
        Il faudrait pouvoir faire un petit câlin de temps en temps sans s’encombrer de ces représentations, avec philia et sans éros.

        • Dominique

          Oui j’étais aussi à cette conférence qui est fidèle quasi mot pour mot à ce qu’il écrit sur le même sujet. Je crois que c’est très juste ce mélange de tolérance et d’exigence, sachant que on tolère beaucoup et puis à un moment on se retrouve face à cet ensemble de fait tolérés qui virent vite à l’insupportable. Je commence à envisager tout à fait personnellement votre dernière hypothèse même si le couple continue à me faire fantasmer dans sa représentation et que vieillir seule ne me semble pas une hypothèse réjouissante. Je tâche d’évoluer et de me poser les bonnes questions, de prendre de la hauteur. J’ai cette faculté de remise en cause personnelle sans tomber dans l’autoflagellation. Merci pour vos commentaires toujours éclairés et éclairants !

  • Hubert

    Je découvre votre blog ce matin, une amie m’a conseillé ce we de vous lire. En effet, j’en comprends la raison… intéressant, éclectique, et dans la dérision, voilà qui fait du bien dès le réveil. Bravo pour vos qualités d’écriture ! je me suis donc abonné dans la foulée 🙂

  • Cécile

    On sent le vêcu et les vêcus d’ailleurs, j’adore la mallette, j’y ajouterais bien deux ou trois  » couleurs  » : empathie, disputes, bouderies, surprises ( bonnes et mauvaises )… Géniale Dominique que cette réflexion si pleine d’humour sur ce qui nous occupe tant l’esprit !

    • Dominique

      Je me suis amusée Cécile, je m’amuse toujours beaucoup en écrivant, grand plaisir que de lire les commentaires et de voir que aussitôt posté, aussitôt lu par des dizaines de personnes. J’adore ce blog ( ça tombe bien 🙂 Merci !

Exprimez-vous !

%d blogueurs aiment cette page :