De moi à vous

Un jour il faudra sortir …

                                                 

Un jour il faudra sortir et là je me demande si je vais arriver à marcher normalement dans la rue sans ce petit vertige que j’ai parfois lorsque je vais faire les courses.


Un jour on sera un peu comme les prisonniers de la Caverne de Platon, on nous sortira de notre caverne de force peut être parce que ce sera devenu douillet et confortable finalement la vie entre les quatre murs, et ça fera mal de voir à nouveau les rues et les gens


Un jour on arrêtera peut être de faire attention aux centimètres qui nous séparent des autres, au mètre de règle et on se mettra tout près jusqu’à sentir les odeurs et se toucher.


Un jour on arrêtera de sursauter quand quelqu’un nous demande l’heure et de le foudroyer du regard parce que les mots ne devaient pas sortir, eux.


Un jour on se remettra du rouge à lèvres, va savoir… et on montrera le bas de son visage et on verra que personne n’a changé et qu’on a l’air tout reposé.


Un jour on pourra boire dans le verre de quelqu’un et on dire juste Oh zut, mais c’est ton verre ou le mien ? Et on rira d’avoir deviné nos pensées peut être dans cette confusion .


Un jour on aura mal aux cuisses d’avoir tant marché dans la garrigue, mais comme ce sera bon de sentir rouler les pierres sous nos baskets

Un jour on se dépêchera de nouveau, on redécouvrira sa montre et on se souciera d’être à l’heure

Un jour des mots comme  » coronavirus, covid, toux, fièvre, frissons, pneumonie, maladie….  » seront plus discrets dans notre vocabulaire, jusqu’à presque s’effacer


Un jour on ne sursautera plus quand quelqu’un tousse ou éternue, on arrêtera de jouer les détectives


Un jour on se fera la bise peut être de nouveau et ce sera délicieux de sentir les joues de l’autre, et une et deux et trois


Un jour on arrêtera de lire des chiffres, des courbes et des tableaux : on lira des phrases dans les journaux


Un jour on fera ses courses sans laver tous les emballages juste après


Un jour on aura nos mains sans gants ou alors ils seront jolis pour les vêtements qui vont avec


Un jour on fera des repas avec des amis, on se donnera rendez vous au restau ou au café et non sur skype ou au téléphone, on parlera les yeux dans les yeux, et parfois on aura même des lèvres sur les nôtres


Un jour le temps se réorganisera, les bruits réapparaitront, les animaux retourneront plus loin par peur des hommes, on reprendra le travail, les enfants joueront dans les cours, les hôpitaux pourront soigner tous les malades, on pourra aller voir nos parents sans peur de leur refiler quoi que ce soit..


Un jour on saura quel jour on est, les jours se détacheront distincts, on sera content du week end, on se demandera ce qu’on va faire et pareil avec les vacances


Un jour on se rappellera de ces mois de confinement et finalement on se dira que ça a vite passé parce que l’humain est comme ça

Résilient.

Dominique Mallié

Et pour commander mon livre Voyage en Ménopausamie, chroniques de la cinquantaine débridée, c’est par là : Mallie.dominique@orange.fr ou dans la partie  » message personnel  » du blog qui vous est dédiée. Merci !

12 commentaires

  • nathchoune

    Encore un magnifique texte ma chère Dominique… bravo ! J’adore ta façon de voir les choses, d’en parler et de poser des mots sur nos maux et sur notre quotidien… Oui… un jour viendra où il faudra sortir… Je t’embrasse

  • Emma

    Comme je comprends que le moment de l’extérieur puisse être vêcu dans la peur…. joli texte Dominique, j’aime beaucoup ce que vous écrivez et comment vous le faites ! Bonne journée !

  • Sophie

    On a envie et besoin de textes comme celui ci … et vous avez choisi une belle photo entre deux portes, symbolique…Merci Dominique de nous donner çà et là ce plaisir de la lecture. A quand votre prochain livre, avez-vous terminé ? Et avez-vous une idée plus précise du titre ? Prenez soin de vous …

    • Dominique

      Bonjour Sophie, oui le second livre est fini, reste à faire la mise en page… le titre oui il est aussi  » in the box  » mais motus ! 🙂 merci, vous aussi, prenez soin de vous et de vos proches

  • Marc

    Merci Dominique pour ce texte si doux que vous écrivez, je vous lis depuis quelques mois sans intervenir et là j’ai le temps de le faire et de m’abonner à votre blog. Ce que j’aime c’est votre douceur en effet, l’autodérision : cette capacité à détourner les choses difficiles pour les évoquer, et votre façon d’écrire. J’ai l’impression d’entendre votre voix que je ne connais pas, mais il y a comme ça des écritures qui renvoient directement à l’ouïe. Vous êtes belle en plus, de cette beauté qu’ont les femmes de votre âge ( et du mien à quelques années près), riche de votre histoire, naturelle et sans fard, vraie.

    • Dominique

      C’est amusant que vous évoquiez la voix car j’aime beaucoup lire mes propres textes comme si finalement ils dépendaient de ma voix ou que moi seule puisse leur donner le rythme, les disant, qui leur convient. Mais je suis aussi émue d’entendre mes textes dits par quelqu’un d’autre;.. bonne journée Marc et merci pour toutes ces gentilles choses que vous dites à mon sujet

  • Sapiens

    C’est toujours la même chose, il faut perdre quelque chose pour se rendre compte que c’était important. Prévert a dit : « j’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant ». C’est dans ce sens que la période actuelle nous souligne les petits bonheurs du quotidien comme vous le décrivez si bien dans ce joli texte. Ces petits moments nous manquent. Un jour on relira Philippe Delerm et sa « première gorgée de Bière », ou Françoise Héritier et « le sel de la vie » pour nous aider au quotidien à jouir de ces moments parce qu’ils sont importants.

    • Dominique

      C’est si beau cette phrase de Prévert  » j’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant « , si juste que on se rend compte de son bonheur à posteriori parfois … merci Sapiens pour vos commentaires toujours si plein de sensibilité et de considération pour mes écrits. Bonne journée !

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