De moi à vous

Un jour, un peintre : La petite fille au fauteuil bleu de Mary Cassatt (parallèle avec Leopoldine Hugo)

Je choisis aujourd’hui ce tableau de Mary Cassatt, peintre d’origine américaine qui s’établira quasiment toute son existence en France. Le tableau est celui d’une fille d’amis de Degas, lui-même grand ami de Mary qui, elle, n’aura pas d’enfant. Degas a d’ailleurs peint l’arrière plan du tableau. Cela était coutumier chez les artistes hommes de cette période du XIXème siècle que de donner un « coup de main » aux femmes peintres. Rappelons au passage qu’elles sont seulement deux femmes impressionnistes à s’être imposées : Mary Cassatt et Berthe Morisot.

On voit ici une petite fille assise dans un fauteuil bleu dans un salon où se trouvent également trois autres fauteuils de la même couleur turquoise. Les yeux baissés, elle semble indifférente aux regards qui seraient portés sur elle. Sur le fauteuil qui lui fait face, un chien (un griffon Bruxellois offert par Degas à l’artiste) sommeille, apportant une touche sombre semblable à celle d’une partie des vêtements du personnage. La lumière entre par les portes-fenêtres. La fillette est bien habillée selon la mode de l’époque, mais elle a une « pose antimondaine » sans souci de son apparence. Elle a l’air de s’ennuyer, ou d’être fatiguée.

La petite fille paraît noyée dans un espace conçu pour les adultes, parmi des fauteuils au caractère massif. Le sentiment de désorientation qui se dégage de la scène donne une idée de l’ennui ressenti par une enfant en décalage par rapport aux contraintes sociales.

Il me vient de façon tout à fait libre un parallèle entre le portrait de cette enfant et Léopoldine, la fille de Victor Hugo dont on sait le destin tragique.

Didine ou Dine comme aimait l’appeler son père est le deuxième enfant de la famille Hugo. Elle nait après un frère Léopold qui ne vivra que quelques mois. Lourd poids qu’on fait alors porter à cette enfant que de lui donner le prénom du défunt frère. Présage funeste peut-être.

Leopoldine jeune fille

Didine est l’enfant chérie. Elle grandit au milieu d’adultes, tous plus célèbres les uns que les autres. On s’extasie devant cette petite fille à l’esprit vif. A 14 ans elle tombe amoureuse de Charles Vacquerie un peu plus âgé qu’elle, le fils d’un armateur du Havre. Il leur faudra patienter quelques années avant de pouvoir se marier. Victor Hugo n’est pas en phase avec ce mariage, il trouve Charles « falot » et se faisait une autre idée du mari de sa fille. Toutefois la jeune fille parvient à ses fins. Son mariage ne durera hélas que quelques mois : le couple meurt noyé dans la Seine lors d’une balade en bateau.

La mort de Léopoldine est vêcue comme un grand traumatisme par la famille Hugo. Adèle la soeur cadette en gardera les stigmates et sera internée quelques années plus tard, Hugo cessera d’écrire durant plusieurs années. Aucun membre de la famille Hugo n’est présent à l’enterrement de Léopoldine et Charles, la douleur est trop forte.

Dine ressemble à cette petite fille peinte par Mary Cassatt. Je vois dans ces deux fillettes des similitudes dans les traits et attitudes que j’imagine chez l’une et l’autre : l’enfance qui se vit libre sous le regard bienveillant et aimant des adultes.

Surgissent alors dans ma mémoire ces vers de Victor Hugo qui, si ils font revivre Léopoldine, peuvent aussi bien renvoyer à l’enfant peinte par Mary Cassatt.

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;

Leopoldine Hugo à 4 ans

Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée

%d blogueurs aiment cette page :