De moi à vous

Un jour, un tableau : Femme épluchant des pommes de De Hoch

Qu’il est paisible et silencieux ce moment de partage entre ce qui peut être une fille et sa mère, toutes occupées à l’épluchage des pommes.

Tableau de De Hoch, contemporain de Vermeer. Tous deux se connaissaient et se sont mutuellement influencés.

Il y a des tableaux qui non seulement donnent à voir mais aussi à entendre.

Ce qu’on entend ici, c’est le silence. Celui de la pièce avec le crépitement du feu dans la cheminée qui occupe toute la partie gauche du tableau. La cheminée comme symbole du foyer, de la maison. Dehors il fait froid, c’est la fin de l’automne. On a ramassé les pommes et il s’agit pour cette mère de montrer en cet après-midi où le soleil peine à pénétrer la pièce par la haute fenêtre, à son enfant, comment éplucher les fruits.

Geste anodin, apprentissage de la vie quotidienne, scène de campagne chez ces citadins à en juger d’après les vêtements. Ce qui pourrait être ailleurs une corvée se transforme ici en un apprentissage doublé d’un moment d’amour et de partage.

L’épluchure est longue, triomphante presque, et les deux visages ont ce timide sourire d’une sorte de victoire. N’avons-nous pas, nous aussi, connu ces petits triomphes de la parfaite épluchure de pomme de terre, ou de certains fruits comme l’orange dont on aura réussi en un tour de main méticuleux à prélever la peau sans qu’elle rompt. Il en va là de l’observation du quotidien et cela me renvoie au Sel de la Vie de Françoise Héritier, recueil dans lequel l’auteur(e) évoque toutes ces jouissances des instants qui ne demandent qu’à être mis en lumière pour arriver à la conscience :

« Il s’agit tout simplement de la manière de faire de chaque épisode de sa vie un trésor de beauté et de grâce qui s’accroît sans cesse, tout seul, et où l’on peut se ressourcer chaque jour. Rien de tout cela n’est vraiment sorcier n’est-ce pas ? « 

N’est-ce pas ?

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