De moi à vous

Un jour, un tableau : La petite Italienne chanteuse de rue de Frederic Bazille

Frederic Bazille est un peintre Montpellierain dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog. Amis de tous les Impressionnistes du 19ème, il a eu une courte carrière d’artiste à laquelle sa mort brutale à la guerre de 1870 a mis un terme.

Ce tableau, d’une taille importante, nous montre, au premier plan, une petite fille, chaudement mais étrangement habillée, tenant un violon de la main gauche et un archet de l’autre. Elle ne joue pas mais lève vers nous un visage douloureux. Elle tient d’ailleurs fort mal son archet et son violon.

Il s’agit d’une petite fille que  la misère et la vie dure ont vieilli précocement  . Ce visage, pourtant, est poupon. Il n’est pas encore marqué par les tensions de l’adolescence et encore moins par l’indigence. Ce sont l’expression et l’accoutrement de la petite fille qui font de ce sujet un thème misérabiliste.  Une fillette engoncée dans un vieux châle verdâtre, coiffée d’un chapeau aux roses de celluloïd, n’ayant d’une enfant que les joues et les dimensions ; Chapeau et châle sont les attributs vestimentaires d’un adulte. C’est ce qui donne à cette enfant « engoncée » dans ses vêtements trop amples un âge qu’elle n’a pas. Un peu comme ces nains difformes de la peinture espagnole, elle apparaît vieillie avant l’âge.

Derrière elle, séparées par un grand immeuble,  deux rues symétriques décroissent, en une symphonie de couleur de zinc, carrefour aux maisons gangrenées, esquissées brutalement, comme la tôle du ciel, et ses déjections de nuages. Sous un ciel livide, traînant sur les pavés jaunâtres, déambulent des personnages fantastiques.

Certes, la petite fille est peinte de manière à attirer tous les regards; elle éveille la compassion. Mais l’arrière-plan du tableau n’est pas pour autant négligé. Il est même réalisé avec une force rarement atteinte par Bazille. Comme en témoignent les personnages – militaires, femmes élégantes – qui l’animent, le quartier n’est pas si populaire que ça.

La petite italienne  ouvre une interrogation, crée un malaise, cherche des voies nouvelles avec une maîtrise souveraine dans les écritures contrastées, jetées l’une contre l’autre.

La misère était, dans la littérature de l’époque, un sujet courant. On le trouve en France dans Les Misérables de Victor Hugo, Les Mystères de Paris d’Eugène Sue et Sans Famille d’Hector Malo, mais aussi en Angleterre chez Charles Dickens par exemple.

En peinture, les chanteurs de rue sont relativement nombreux; on en rencontre chez Vélasquez, Goya, Delacroix et Manet. C’est celui-ci qui nous fournit l’exemple le plus proche avec sa Chanteuse des rues de 1862 [Boston Museum of Fine Arts]. D’autres influences sont encore possibles comme celle de La Mendiante tolérée de Stevens.

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