De moi à vous

Un jour, un tableau : L’entremetteuse de Vermeer

En février s’ouvre une exposition à Amsterdam consacrée à Vermeer. La plus grande exposition consacrée à ce peintre du 17éme siècle auquel on attribue 34 toiles, 3 sont encore en discussion quant à leur authenticité. (Cette très petite production en fait un peintre très recherché). On connait tous de Vermeer « La Laitière » et « La jeune fille à la perle ». On reconnaît également le petit mur jaune dans une vue de Delft, ville dans laquelle le peintre est né et est décédé. « Pan de mur jaune » auquel Proust fait d’ailleurs allusion dans un de ses romans…(J’en ai parlé sur ce blog)

Mais aujourd’hui, dans cette rubrique que je consacre à des études de tableaux moins connus peut être du grand public, j’ai choisi de ce peintre un tableau intitulé «  L’entremetteuse » ou « La courtisane » (On notera que les deux titres déplacent le centre d’intérêt du tableau d’un personnage à un autre)

Pourquoi ce tableau ?

Il s’agit là d’un des premiers tableaux de Johannes Vermeer qui avait, à l’époque, un peu plus de vingt ans.

On trouve déjà dans cette représentation, ce qui fera les caractéristiques du peintre, sa patte en quelque sorte : Une scène d’intérieur, un usage particulier de la lumière, une composition que l’on retrouvera ailleurs avec un premier plan « barré » par une balustrade qui semble isoler le tableau du spectateur, le visage d’une jeune femme qui n’est pas sans rappeler celui de la laitière que Vermeer peindra plus tard.

Le personnage de gauche qui ne semble pas réellement impliqué dans la scène a été analysé comme étant un autoportrait du peintre. (L’un des seuls que nous ayons)

Que voit-on ?

L’entremetteuse qui donne son nom au tableau est au centre. Il s’agit de cette femme avec une coiffe noire et un sourire qui en dit long sur l’affaire qu’elle vient de conclure. Un sourire un peu cruel, le regard sournois et pénétrant.

Sur la gauche le personnage qui porte une collerette comme c’était la mode à l’époque, autoportrait du peintre, semble davantage s’adresser aux spectateurs qu’être partie prenante de la transaction.

« Transaction » car on peut voir dans la partie droite du tableau, un homme de rouge vêtu, soldat ou cavalier. Sa main droite s’avance perpendiculairement au plan. Il s’apprête à laisser tomber une pièce de monnaie dans la paume ouverte de la belle, au centre de la composition, alors qu’il a posé sa main gauche sur la poitrine de celle-ci. Les yeux baissés et l’expression de la bouche des deux personnages semblent se répondre en écho.

Enfin la jeune femme aux joues bien rouges, toujours dans la partie droite ( le verre d’alcool qui tient dans une de ses mains ?), porte une robe jaune (qui nous fait là aussi penser à La Laitière). Elle ressemble à une servante acceptant les offres d’un client entreprenant plus qu’à une aguichante prostituée : le tissu blanc sur la table, sous son avant-bras droit, est sûrement son tablier, ce qui indique qu’elle vient juste de s’asseoir.

Au premier plan un manteau de fourrure recouvre pour partie la balustrade, l’autre partie étant recouverte par un tapis persan.

Deux objets attirent notre regard toujours au premier plan : Un pichet de vin que Vermeer a tracé au compas (on voit la marque du dessin dans l’épaisseur de la peinture) et le verre tenu par la jeune femme.

Pourquoi ce tableau ?

J’aime beaucoup la peinture Hollandaise. Je trouve qu’il y a dans ce tableau quelque chose dans le traitement des personnages, en dehors de la servante, qui n’est pas sans rappeler Le Caravage. Les visages grimaçants, les regards en coulisse, une forme de réalité abrupte, sans réserve.

Une ambiance aussi dans cette scène. Une histoire que le tableau nous raconte avec tout à la fois de la pudeur et de l’impudeur. Pas question d’affect ici, c’est l’argent qui est au centre du tableau. L’argent en échange de la relation sexuelle. Tous les comparses sont là bien présents et occupent toute la toile.

La balustrade qui fait reculer le spectateur me paraît toujours intéressante car elle transforme ce spectateur en voyeur.

Pour finir je citerai Renoir qui dit, en substance, à propos de ce tableau :

Un beau matin, je pris le train pour Dresde où, depuis longtemps je désirais voir le grand tableau de Vermeer de Delft, La Courtisane (L’entremetteuse est l’autre nom du tableau). Malgré son titre, c’est une femme qui a l’air la plus honnête des créatures. Elle est entourée de gens dont l’un lui met la main sur la poitrine, pour qu’on voie bien que c’est une courtisane, une main pleine de jeunesse et de couleur, qui se détache sur un corsage jaune citron, le tout d’une puissance inégalée…

A lire par ailleurs sur ce blog et à propos de ce peintre : https://www.lesbilletsdemadame.com/vermeer-le-dedans-du-dedans/

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