Nouvelles

Une autre histoire (chapitre 1)

Je vous fais aujourd’hui ce cadeau d’une nouvelle que j’écris. Je me donne pour « exercice » de m’emparer de quelques lignes écrites il y a peu pour en faire les prémices d’une histoire. Ainsi allons nous nous promener dans la vie de Claire, Antoine et Anna, faire leur connaissance, les suivre dans leurs errances, errances amoureuses pour l’essentiel. La vie de couple est un chemin semé d’embûches.

Je me suis un peu retirée de l’agitation du monde, quelque temps, pour laisser venir cette histoire à moi, faire vivre ces personnages et qu’ils m’entrainent ensuite dans cette vie que je leur ai donnée. Qu’ils prennent une forme d’indépendance.

Claire est seule. Le silence de l’autre, elle ne l’a pas voulu comme elle n’a pas vraiment voulu sa vie avec Antoine, ça s’est imposé, comme dans la nature des choses. Le lieu, peut être, la maison, qui a créé le désir. Il y avait à 60 ans passés une urgence au bonheur, le devoir d’être heureux en quelque sorte, à partir de là elle avait cessé de se poser toutes ces questions qui encombraient, plus jeune, son esprit et à ne plus croire qu’aux évidences.

Maubec, la maison qu’ils ont trouvée ensemble, qu’ils ont voulue pour eux, pour tout recommencer. Longtemps ils ont parlé d’un lieu où habiter et finalement devant l’impossibilité de vivre chez l’un ou l’autre, dans un appartement qu’ils avaient conçu pour leur vie de célibataire, ils se sont lancés dans ce projet de la maison de Maubec. Un coup de foudre d’un dimanche au hasard de leurs pérégrinations : un vieux mas qui prendrait du temps à retaper, cela leur a paru bien, ce projet commun, les amis à venir communs aussi, les cris des enfants, dehors, la piscine qu’ils peindraient en gris foncé pour que la limpidité de l’eau soit plus perceptible encore et surtout le platane dans la cour. Antoine avait une passion pour ces arbres, menacés. Claire a fait du feu, mis un gros pull. Demain elle ira au marché de L’Isle, elle achètera des fleurs qu’elle arrangera au salon, elle travaillera un peu.
Elle éteint l’ordinateur : sa chronique est envoyée. Les livres remplissent toute sa vie depuis qu’elle a trouvé ce travail dans une revue littéraire. Elle était fière au début de voir sa signature et puis elle s’est habituée, comme elle s’est habituée à l’isolement de la vie à la campagne jusqu’à y trouver du plaisir, presque. Elle s’installe devant le feu, allume une cigarette. Antoine rentre lundi, c’est ce qu’il a dit… Elle repense à sa rencontre avec cet homme qui a rempli toute sa vie… Elle pourrait écrire là dessus quelque chose qui commencerait par : « Je marche dans la rue, c’est l’été, je viens de m’installer dans cette ville qui m’est encore étrangère, je croise un homme qui me dit que je suis lumineuse ».
Elle pourrait, mais jeter son histoire sur le papier ce serait comme la donner à d’autres, une forme de dépossession. Aura-t-il seulement lu le roman de Marc Dugain qu’elle a déposé dans son sac, Antoine qu’elle sent parfois si loin d’elle ?
Le Mistral n’a pas cessé de souffler de la nuit. Claire pousse les volets qui reviennent obstinément à elle. Belle contrepartie de ce vent obstiné : le ciel est d’un bleu limpide mais le froid s’est engouffré partout dans la maison. Pieds nus sur les dalles en ciment, elle grelotte, cherche du regard le pull qu’elle a dû laisser la veille près de la cheminée, se prépare un café bien noir. Le chat la suit, fidèle à ses habitudes, la précède dans la salle de bain, témoin distrait de ce rituel du matin. En haut, dans la chambre, le téléphone sonne, c’est Antoine ; ils échangent sur le temps, le déroulement de la nuit, l’heure du vernissage de cette nouvelle galerie d’Antoine, Villa  Santo Dumont, dans le  11ème arrondissement, rue minuscule et verdoyante qu’ils ont aimée d’emblée au point de décider d’ouvrir là la galerie d’Antoine en dépit du prix qui aurait pu être prohibitif. Ils se souhaitent une belle journée, et que vas-tu faire aujourd’hui ? Ils rient. Tout est simple, harmonieux. Ils peuvent raccrocher, ils ont vérifié en quelque sorte. Claire s’allonge sur le lit, s’étire de bien être pendant qu’Antoine, nu, dans une chambre d’hôtel parisienne, entoure Anna de ses bras.

A SUIVRE…
 

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